Question #21 – Dieu a-t-il décrété tout ce qui arrive?

Réponse: Dieu a décrété en lui-même tout ce qui arrive dans une parfaite harmonie avec la liberté des créatures et la contingence des événements. ~ Actes 4.27-28

potier

Lorsque nous avons étudié la doctrine de Dieu, nous avons implicitement abordé la doctrine des décrets divins. La relation entre ces deux doctrines est inévitable dès qu’il est question du rapport entre le Dieu incréé, éternel et infini et le monde créé, temporel et fini. Jusqu’à présent nous avons examiné ce rapport sous l’angle de l’Être divin, maintenant nous l’examinerons sous l’angle des actes divins. La confession consacre un chapitre complet au décret de Dieu. Dans ce chapitre nous retrouvons 7 paragraphes dans lesquels les décrets sont d’abord définis (par. 1-2), ensuite la confession affirme avec plus de précision le décret spécifique de la prédestination (par. 3-6) et finalement elle explique de manière pratique comment cette doctrine doit être abordée (par. 7). Voici la première question à laquelle nous répondrons : Dieu a-t-il décrété tout ce qui arrive? La confession répond à cette question de la manière suivante :

(Par. 1) De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui‑même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché et n’a aucune communion avec le pécheur ; sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues mais qu’elles soient plutôt établies. Ce décret manifeste la sagesse de Dieu qui, librement, dispose de tout ce qui existe, de toute puissance et fidélité pour l’accomplir.

La réponse à la question est donc oui! Dieu a décrété tout ce qui arrive! Cependant quelques précisions doivent nécessairement être apportées pour ne pas faire dire à cette doctrine des choses contraires à l’Écriture. L’Écriture affirme bien l’universalité du décret de Dieu lorsqu’elle déclare que nous avons « été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Ep 1.11). Nous verrons dans une prochaine question la relation entre « la prédestination » et « toutes choses ». Cependant, la Bible dit bien que « toutes choses » sont opérées d’après le conseil de la volonté de Dieu. Autrement dit, pas une seule chose n’a échappé à son décret (Es 46.10) : « J’annonce dès le commencement ce qui doit arriver, et longtemps d’avance ce qui n’est pas encore accompli ; je dis : Mes arrêts subsisteront, et j’exécuterai toute ma volonté. »

Les arrêts de Dieu sont-ils généraux ou détaillés? L’Écriture n’enseigne pas que Dieu a simplement décidé qu’il y aurait des arbres avec des feuilles, mais il a décidé combien il y aurait d’arbres et le nombre exact de feuilles par arbres, ainsi que la forme variée et la teinte différente de chaque feuille et le moment où elle tomberait de l’arbre ainsi que l’endroit où elle tomberait… Dieu n’a pas simplement décrété l’existence des oiseaux, mais aussi leur destin spécifique (Mt 10.29). Il n’a pas uniquement décrété que nous aurions des cheveux, mais également le nombre de cheveux qui seraient sur notre tête (Mt 10.30).

Dès que l’on affirme l’universalité des décrets de Dieu vient la question de la théodicée : Dieu peut-il être juste tout en décrétant le mal? L’Écriture affirme sans complexe que Dieu décrète le mal (Gn 45.5-8 ; Ex 14.4 ; Es 45.7 ; Am 3.6 ; Ac 4.27-28 ; Rm 9.17-18). Parallèlement, l’Écriture affirme que Dieu est absolument bon, qu’il n’aime pas le mal et n’a pas de communion avec lui (Es 61.8 ; Mt 5.48 ; Jc 1.13 ; 1 Jn 1.5). De la même façon, la confession de foi affirme que Dieu a tout décrété ce qui arrive, « cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché ». Ce que la confession ajoute ensuite est absolument essentiel pour comprendre comment ces deux vérités ne sont pas contradictoires, mais sont en parfaites harmonies.

La confession explique que Dieu a tout décrété « sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues mais qu’elles soient plutôt établies ». Il s’agit de la doctrine du compatibilisme. C’est-à-dire que les décrets de Dieu sont compatibles avec le libre arbitre de l’homme et la contingence naturelle des événements. La raison naturelle se dit : « Si Dieu a tout décrété, il ne peut y avoir une réelle liberté et responsabilité ni une réelle contingence » (Rm 9.19). La révélation de Dieu, quant à elle, affirme l’une et l’autre. Par exemple, dans la mort de Jésus nous voyons à la fois la main de Dieu et la main de l’homme :

23 cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies (…) 38 Pierre leur dit: Repentez-vous! (Ac 2.23, 38)

27 En effet, contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette ville avec les nations et avec les peuples d’Israël, 28 pour faire tout ce que ta main et ton conseil avaient arrêté d’avance. (Ac 4.27-28)

Le décret de Dieu est entièrement compatible avec la responsabilité de l’homme. Judas a été choisi par le Seigneur afin qu’il le livre (Jn 6.70-71), mais il a volontairement levé son talon contre le Seigneur (Jn 13.18). La souveraineté de Dieu s’exerce aussi en harmonie avec la contingence des causes secondes (Pr 16.33) : « On jette le sort dans le pan de la robe, mais toute décision vient de l’Éternel. » Le hasard, les accidents, les lois et les événements de la nature, les causes à effet, etc. sont tous réels, mais fonctionnent tous en harmonie avec le dessein souverain de Dieu.

Ce compatibilisme est la seule explication pour le mal : la créature en est l’auteur coupable bien que Dieu l’ait décrété. La cause première, le décret, n’est pas une cause coupable et loin d’exclure la réalité et la responsabilité des causes secondes, elle les établit. Voici une illustration : sans Shakespeare, Roméo n’aurait pas d’existence, il ne pourrait d’aucune façon exercer sa liberté. Le fait que l’auteur ait décrété tous les événements de l’existence de Roméo n’exclut pas la responsabilité de celui-ci, mais l’établit. Lorsqu’il se suicide à la fin, plusieurs causes secondes peuvent expliquer son geste, cependant aucune ne le rend innocent et encore moins le fait que Shakespeare ait décrété sa mort par suicide. Cette analogie ne signifie pas que l’existence n’est qu’un théâtre où nous avons l’illusion d’être libres. Elle signifie plutôt que Dieu a écrit l’histoire d’avance sans pour autant exclure la liberté ou la contingence. Celles-ci sont nécessairement fondées sur le décret divin, car « seul Dieu se suffit à lui‑même » tandis que tout le reste dépend de lui. Autrement dit, c’est par décret divin que l’homme est libre et que l’existence est contingente ; sans ce décret il ne peut y avoir de réelle liberté.

C’est ainsi que nous comprenons que Dieu peut décréter le mal sans être l’auteur du mal et, qui plus est, faire concourir le mal au bien pour sa gloire (Gn 50.20). Par le plus grand péché de l’humanité, Dieu n’a-t-il pas fait surabonder sa grâce (Rm 5.20)? Dieu n’utilise-t-il pas le mal de nos propres circonstances pour faire abonder sa grâce envers nous (1 Tm 1.12-17)? N’avez-vous jamais vu Dieu utiliser le mal et votre propre péché pour faire arriver du bien (Rm 8.28)? C’est pour cette raison que la confession ajoute que non seulement le décret de Dieu établit la vraie liberté, mais en plus il « manifeste la sagesse de Dieu qui, librement, dispose de tout ce qui existe, de toute puissance et fidélité pour l’accomplir ». Ultimement, tout ce qui arrive manifestera la gloire de Dieu. Voilà le motif le plus élevé qui puisse être!

21 Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? 22 Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition, 23 et s’il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire? (Rm 9.21-23)

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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
Un commentaire sur “Question #21 – Dieu a-t-il décrété tout ce qui arrive?
1 Pings/Trackback pour "Question #21 – Dieu a-t-il décrété tout ce qui arrive?"
  1. […] n’a de problème avec un Dieu qui décrète le bien, mais certains ne peuvent concevoir, malgré les explications données avec la question précédente, que Dieu puisse aussi décréter le mal. Devant cette difficulté, deux solutions ont été […]

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