Question #14 – Qu’est-ce que l’infinitude et l’éternité de Dieu?

Réponse: Dieu est hors de l’espace et du temps, pourtant il est omniprésent et il dirige l’histoire. ~ Hébreux 1.10-12

eternite

Voici comment la confession de foi nous présente Dieu comme un être infini et éternel :

(Par. 1) Il existe en lui-même et de lui-même, infini en son être et sa perfection. (…) Lui seul est immortel et habite une lumière inaccessible aux hommes ; il est immuable, immense, éternel, incompréhensible, tout‑puissant, infini à tout point de vue, très saint, très sage, très libre, absolu.

L’infinitude et l’éternité de Dieu vont de pair avec son immuabilité et sa simplicité : Dieu ne change pas avec l’espace et le temps, car il est absolu et simple.

Lorsque nous songeons à l’infini, nous nous représentons un espace sans fin et lorsque nous songeons à l’éternité nous pensons à une succession de temps qui n’arrête jamais. Nous réfléchissons ainsi, car nous sommes des créatures finies et pour nous tout est espace et temps. Qu’est-ce que le temps? Le temps n’est que la mesure du mouvement. Tout ce qui se meut, tout ce qui change est en quelque sorte emprisonné dans le temps qui est la mesure des séquences qui se succèdent. Le temps est un continuel présent où tout ce qui se déroule arrive de manière séquentielle. Le passé n’est pas une dimension, mais des séquences antérieures de mouvements et de changements et le futur n’est que la séquence des mouvements à venir. Pour tous les êtres créés, l’éternité sera toujours une suite de présents sans fin, car nous serons à jamais des êtres de finitude.

Maintenant, il est important de comprendre que le temps et l’espace n’englobent pas Dieu, mais Dieu les transcende tous les deux. D’ailleurs, la notion de transcendance distingue la pensée chrétienne de la pensée grecque au niveau de l’espace et du temps. Les Grecs concevaient l’infini comme un espace sans limites et l’éternité comme un temps sans fin. La théologie chrétienne classique affirme au contraire que Dieu n’est ni dans l’espace ni dans le temps. Lorsque nous confessons que Dieu est éternel, nous ne voulons pas dire qu’il dure toujours, mais qu’il est atemporel. Et lorsque nous confessons que Dieu est infini, nous ne voulons pas dire qu’il est très grand, mais qu’il est immense, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas aux choses mesurables car il est incorporel.

C’est ainsi que l’orthodoxie chrétienne a toujours confessé l’infinitude et l’éternité de Dieu. Il existe donc deux ordres : le créé et l’incréé, le temporel et l’éternel, le fini et l’infini. Ces affirmations métaphysiques sont fondées sur la révélation biblique (Hé 1.10-12) :

10 Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains ; 11 ils périront, mais tu subsistes ; ils vieilliront tous comme un vêtement, 12 tu les rouleras comme un manteau et ils seront changés ; mais toi, tu restes le même, et tes années ne finiront point.

Ce texte enseigne non seulement que, de notre point de vue, Dieu nous accompagnera à chaque moment pour une durée sans fin, mais aussi qu’il transcende l’espace et le temps. L’ordre créé est sujet au changement et au vieillissement, tandis que Dieu est immuable parce qu’il n’est ni dans l’espace ni dans le temps. Cette transcendance et cette immuabilité divines sont attribuées au Fils un peu plus loin dans l’épître (Hé 13.8) : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. »

Il nous est difficile de comprendre l’éternité de Dieu parce que nous réfléchissons toujours à partir de notre finitude et nous pensons dans des catégories temporelles. Par exemple, lorsque nous disons : « Que faisait Dieu avant de créer? », nous temporalisons Dieu. Cependant, Dieu n’est pas un Créateur temporel, mais éternel ; il n’a pas créé dans le temps, mais hors du temps (ex nihilo, in nihilo). Il n’y a jamais de « avant » ni de « après » pour Dieu, il est simplement. Jésus nous dit que pour Dieu « tous sont vivants » (Lc 20.38) ; il ne connaît pas l’histoire en séquences temporelles comme nous. Nous ne devons donc pas penser que parce que nous percevons les actes de Dieu dans le temps qu’il est nécessairement dans le temps lui-même ; pour lui tout est éternité. La croyance en l’éternité de Dieu est fondée sur le fait qu’il n’a pas de commencement. Ajoutons à l’absence d’un commencement l’absence d’une fin et finalement l’absence d’une succession de moments et nous arrivons à l’éternité divine. Même s’il se manifeste dans le temps, Dieu demeure éternel et hors du temps.

L’omniprésence de Dieu peut peut-être nous aider à comprendre son éternité. Voici ce que nous lisons concernant Dieu et l’espace (1 R 8.27) : « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre ? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: combien moins cette maison que je t’ai bâtie! » Dieu n’est pas matériel ni spatial, pourtant il est partout présent dans l’espace (Ps 139.5-12) :

5 Tu m’entoures par derrière et par devant, et tu mets ta main sur moi. 6 Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, elle est trop élevée pour que je puisse la saisir. 7 Où irais-je loin de ton esprit, et où fuirais-je loin de ta face? Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. 9 Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer, 10 Là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira. 11 Si je dis : Au moins les ténèbres me couvriront, la nuit devient lumière autour de moi ; 12 même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière.

Dieu n’est pas contenu par l’espace, mais il n’est pas absent de l’espace, il transcende l’espace. La même réalité s’applique pour le temps : Dieu est hors du temps, mais il remplit le temps. Nous percevons les actes de Dieu en séquence, mais : « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour » (2 P 3.8). Autrement dit, le temps n’existe pas pour Dieu ; nous connaissons ses actes passés et nous connaîtrons ses actes futurs, mais cette séquence n’existe pas pour Dieu puisqu’il est atemporel ; il est éternel.

Sentez-vous qu’il y a quelque chose qui vous échappe dans cette doctrine? C’est parce que votre intelligence est finie et que vous avez affaire avec un Dieu infini qui est, conséquemment, incompréhensible. Nous pouvons connaître ce Dieu éternel, comprendre que nous n’arrivons pas à saisir son éternité : l’absence d’un commencement, l’absence d’une fin et l’absence d’une succession de moments, mais il demeure incompréhensible pour nous puisque « son essence ne peut être comprise par nul autre que lui-même ». Ce que nous devons faire devant un tel Dieu c’est nous prosterner et l’adorer. C’est pourquoi je suis hautement perplexe vis-à-vis des théologiens qui rejettent cette doctrine et qui redéfinissent le théisme biblique pour se faire un dieu qu’ils comprennent.

La doctrine de l’infinitude et de l’éternité de Dieu sont contestées de nos jours. Certains tentent de réexpliquer la doctrine de Dieu tout en voulant maintenir l’orthodoxie traditionnelle, tandis que d’autres rejettent ouvertement le théisme classique au profit d’un théisme dit ouvert où Dieu serait entièrement temporel et changeant. Dieu se serait lui-même soumis au temps et à son développement séquentiel, il ignorerait même le futur puisque celui-ci n’existerait pas. Cette façon de réfléchir est une tentative de rendre Dieu compréhensible : « Prétends-tu sonder les pensées de Dieu, parvenir à la connaissance parfaite du Tout-Puissant ? » (Jb 11.7). Cependant, en agissant ainsi, on efface la distinction Créateur/créature puisqu’on fait passer Dieu de l’infini au fini, de l’éternel au temporel.

Je comprends pourquoi certains se sentent inconfortables devant un Dieu infini et éternel ; ils ont l’impression qu’il est lointain et hors de portée. Dieu est effectivement inaccessible à l’homme à moins qu’il ne s’abaisse et ne s’approche de lui. Pour se faire, Dieu n’a pas besoin de changer son essence et de cesser d’être infini et éternel, car il peut se révéler à notre niveau sans qu’il n’y ait en lui de changements. C’est exactement ce que Salomon affirme après avoir déclaré que les cieux des cieux ne peuvent le contenir (1 R 8.28-29) :

28 Toutefois, Éternel, mon Dieu, sois attentif à la prière de ton serviteur et à sa supplication ; écoute le cri et la prière que t’adresse aujourd’hui ton serviteur. 29 Que tes yeux soient nuit et jour ouverts sur cette maison, sur le lieu dont tu as dit : Là sera mon nom! Écoute la prière que ton serviteur fait en ce lieu.

Puis jusqu’à la fin du chapitre, Salomon exprime sa certitude que le Dieu transcendant est aussi immanent et que s’il est éternel en lui-même il se révèle néanmoins dans le temps et dans l’histoire. Plutôt que d’opposer transcendance et immanence et de rejeter la première au profit de la seconde, Salomon nous aide à comprendre que la proximité de Dieu est fondée sur sa transcendance et sa séparation ontologique. N’est-ce pas l’ubiquité de Dieu qui nous donne l’assurance que nos prières sont entendues de lui ? Si Dieu n’était pas infini et éternel, comment pourrait-il être partout en même temps, recevoir les prières et le culte de tous ses enfants simultanément en étant bel et bien avec eux individuellement? Sa conscience infinie absorbe totalement notre réalité finie et nous permet de réellement connaître un Dieu présent et d’être réellement connu de lui. Si Dieu se trouvait dans la même finitude que nous, il ne pourrait pas réellement être présent avec nous puisqu’il serait soumis à la même contingence à une plus grande échelle de la finitude. Seul un Dieu infini et éternel est présent, car il est omniprésent.

De plus, sans l’infinitude et l’éternité de Dieu il ne peut y avoir de véritable théodicée (le fait que Dieu soit à la fois juste, bon et tout-puissant). Si Dieu est temporel, cela signifie qu’il est coupable de laisser aller le mal qu’il pourrait arrêter. Mais s’il est éternel, cela signifie qu’il ne laisse aucunement aller le mal. Nous percevons qu’il laisse aller le mal, mais il s’agit uniquement de notre perspective (Hé 2.8), car en vérité « Dieu est un juste juge, Dieu s’irrite en tout temps » (Ps 7.12). En lui-même Dieu a déjà tout jugé (Jn 3.18, 36). Il est le Juge éternel, le Juge d’éternité.

Notre âme peut donc réellement se reposer en l’Éternel et notre cœur peut avoir totalement confiance en lui, car les attributs de sa gloire ne connaissent ni changement ni ombre de variation. Seul un Dieu éternel et infini est un Dieu près.

23 Ne suis-je un Dieu que de près, dit l’Éternel, et ne suis-je pas aussi un Dieu de loin? 24 Quelqu’un se tiendra-t-il dans un lieu caché, sans que je le voie? Dit l’Éternel. Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre? Dit l’Éternel. (Jr 23.23-24)

1813 mots


[audio:http://prechelaparole.sermon.net/da/20353302|titles=Études-1689 partie 14|artists=Pascal Denault]

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Description: Une série de théologie systématique à partir de la Confession de foi baptiste de Londres de 1689 – Liste des questions étudiées
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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église évangélique de St-Jérôme, une assemblée de confession réformée baptiste. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
Un commentaire pour “Question #14 – Qu’est-ce que l’infinitude et l’éternité de Dieu?
  1. Ovidson colas dit :

    Je suis béni de tes écrits!!
    Que Dieu te bénisse!!!

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