Le cours d’Éthique et culture religieuse (partie 1)

Vous avez sans doute entendu parler du cours controversé Éthique et culture religieuse (ECR) qui est obligatoire depuis 2008 dans le programme d’enseignement des écoles québécoises.

Que faut-il en penser? Certains sont pour, considérant qu’il s’agit d’un bon outil pédagogique. D’autres sont contre surtout en raison du fait que ce cours, qui enseigne des valeurs morales et qui façonne le regard que nous portons sur le monde, soit obligatoire… Pouvons-nous considérer que l’imposition du cours ECR est une transgression de la liberté de conscience et une usurpation de l’autorité parentale par l’État?

Une chose est certaine, l’affaire n’est pas banale puisqu’elle s’est retrouvée jusqu’à la Cour Suprême du pays… Pour faire le bilan, nous recevons deux blogueurs qui ont suivi de près ce dossier et ont beaucoup écrit sur le sujet : Patrick Andries, du blogue Pour Une École Libre au Québec et représentant de la CLÉ (Coalition pour la liberté en éducation) et Clément, notre historien, qui a été « cobaye » pour le cours ECR vers la fin de ses études secondaires.

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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
7 commentaires sur “Le cours d’Éthique et culture religieuse (partie 1)
  1. Michel THYS dit :

    A propos du caractère obligatoire du cours d’ECR : il n’a pas pour but d’imposer un multiculturalisme relativiste, comme si tout se valait, mais seulement de proposer des valeurs universalistes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout.
    Certes, les parents croyants auront toujours légalement le droit, légitime et constitutionnel, d’imposer unilatéralement leur religion à leurs enfants.
    Mais moralement ? A notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, je crains en effet que cela ne favorise pas leur intégration à la modernité : privilégier la culture québécoise et la religion catholique ne peut, selon moi, que favoriser le repli identitaire, le communautarisme et donc l’intolérance. Il importait au contraire que l’école compense les influences religieuses familiales et traditionnelles, certes légitimes mais unilatérales, et que l’Etat, qui a la responsabilité de l’émancipation et de l’épanouissement de tous, ait rendu ce cours obligatoire.
    Il le fallait : la « liberté de conscience et de religion » n’a évidemment de sens que si un choix est possible entre différentes religions, et surtout entre la croyance et l’incroyance. Or ce choix est actuellement compromis du fait que toute alternative, religieuse et surtout laïque, est occultée, à des degrés divers par l’éducation religieuse.
    Forcément affective, elle anesthésie généralement l’esprit crique ultérieur, dès qu’il est question de religion, ce qui empêche un choix en connaissance de cause et aussi librement et tardivement que possible.
    Initialement, dans ce cours, il devait être fait mention de l’existence «d’autres conceptions de vie que religieuses ». C’était un minimum, par simple honnêteté intellectuelle. Or, à présent, même la mention de l’athéisme est, paraît-il, supprimée, comme si c’était une abomination ! Tout se passe donc comme si l’on voulait empêcher les jeunes de choisir librement de croire ou de ne pas croire.
    Mais sous prétexte d’ouverture à la différence et au dialogue, le cours d’ECR fait découvrir au moins six autres religions, avec tant de détails que cela jette la confusion dans l’esprit des enfants et adolescents. Par comparaison, cela ne peut donc que renforcer la religion traditionnelle et majoritaire.
    Le multiculturalisme ne serait-il pas le but hypocrite de ce cours, en tentant de compenser le déclin du catholicisme dû à la déconfessionnalisation et à la laïcisation croissantes des sociétés intellectualisées ? Je me le demande.
    De nos jours, la culture générale implique un minimum de culture religieuse, notamment artistique, mais aussi de culture laïque et humaniste.
    Dans un souci de neutralité et afin de réduire les inégalités socioculturelles, l’école, via un cours d’ECR amélioré, devrait donc compenser l’influence des parents et celle d’un milieu culturel unilatéral, par une DOUBLE information minimale, objective et non prosélyte : d’une part, au cours d’histoire, ou lors d’un cours de philosophie, sur le « fait religieux » , sans occulter ce que toutes les religions ont en commun, à des degrés divers : la soumission, ET d’autre part, sur le « fait laïque » (l’humanisme laïque, ses principes de libre examen, d’esprit critique, d’autonomie et de responsabilité individuelle, ses valeurs « universalisables », telles que le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant , ses options, ses objectifs, la liberté de pensée, la spiritualité laïque, …).
    Il faut évidemment promouvoir la formation et le « recyclage » des enseignants, qu’ils soient croyants ou non, car ils n’ont pas à influencer les élèves par leurs propres convictions, mais à les rendre capables de se forger les leurs.
    Un tel système éducatif est hélas encore utopique, parce qu’il conduit à terme à la fusion des écoles publiques et confessionnelles. Il permettrait pourtant à chacun d’accepter la différence enrichissante de l’autre (si elle n’est pas fondamentaliste) et de tendre ainsi vers une réelle citoyenneté, fondée sur un meilleur « vivre ensemble ».
    Merci pour vos commentaires.
    Michel THYS à Waterloo, (en Belgique). http://michel.thys.over-blog.org

    • A propos du caractère obligatoire du cours d’ECR : il n’a pas pour but d’imposer un multiculturalisme relativiste, comme si tout se valait, mais seulement de proposer des valeurs universalistes, « universalisables »

      Cher M. Thys, Merci pour votre commentaire. Mais je me demande comment un athée peut parler de valeurs universalistes. Par définition, une valeur est un concept qui exige une personne. Pour parler de valeur universelle, il est nécessaire d’avoir une Personne Universelle, ce qui est incompatible avec l’athéisme. Les seules valeurs qu’un athée peut reconnaître sont individuelles et radicalement immanentes. En parlant de valeurs transcendantes vous ne respectez pas votre athéisme et vous trahissez votre désir d’imposer vos valeurs au reste de l’univers…

  2. Luc Chartrand dit :

    C’est quoi ça « culture laïque et humaniste.» ???

    Ça ressemble à un truc d’athée. C’est bien votre cas M. Thys, n’est-ce pas ?

    Vous voulez donc simplement que les enfants des autres soient éduqués comme les vôtres. Bon évidemment je vais au plus direct sans vos longueurs et votre ton doucereux et jésuitique.
     

  3. Clément dit :

    M. Thys mélange la postmodernité avec la modernité, et il prétend que le cours ECR ‘propose’ des valeurs, alors que le cours ECR impose des anti-valeurs, ce qui est très différent. Le cours ECR est un endoctrinement multiculrurel, voir polythéiste, l’analyse des manuels est sans appel.

    Le deuxième audio sur explique que le cours ECR transmet très peu de connaissances factuelles sur les autres cultures et religions, mais surtout des petites mantra postmodernes et relativistes.

    Pour ce qui est de la tolérance, les technocrates derrière le cours ECR s’en foutent éperdument…

    « Il est donc moins de construire une identité que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance ; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance, mais au contraire, de mettre en scène l’incommensurable abîme qui me sépare d’autrui et m’oblige à m’intéresser à lui. C’est donc une pédagogie du conflit à la fois entre les individus mais aussi en chacun. »

    — Fernand Ouellet citant et endossant son coreligionnaire postmoderne François Galichet, « L’enseignement du fait religieux dans l’école publique », Carrefours de l’éducation, Vol 2, No 14, 2002, p. 48-49.

  4. Michel THYS dit :

    @ Luc CHARTRAND :
    La « culture laïque et humaniste », c’est celle qui privilégie l’émancipation et l’épanouissement de l’individu, en défendant son droit à la liberté de conscience, de religion, de pensée, ce qui exclut ipso facto tout système éducatif dogmatique et donc clérical. Ce n’est pas « un truc athée », puisque l’athéisme, loin d’être imposé, n’est qu’une des options non confessionnelles, à côté de l’agnosticisme, de l’incroyance, et même de l’indifférence.
    L’humanisme laïque respecte toutes les convictions, lorsqu’elles sont le fruit de la réflexion et du libre examen. Il prône donc un système éducatif non prosélyte développant l’esprit critique à tous points de vue, et offrant un maximum de chances de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.
    Intellectuellement, je n’ai jamais empêché mes enfants de croire en « Dieu », mais je dois reconnaître qu’en l’absence d’exemple de piété parentale, précoce et affective, j’aurais été surpris qu’ils fussent endoctrinés par des évangélisateurs ou des sectaires.
    Ce sont les jésuites qui sont passés maîtres dans l’art d’enrober habilement leur discours prosélyte. Moi, je ne cherche pas à convaincre, mais seulement et très modestement à faire découvrir les alternatives laïques à celles et ceux qui réalisent que leur religion les avait volontairement occultées.
    @ Pascal DENAULT :
    Des « valeurs universelles » ou « universalistes », cela implique en effet la prétention de détenir LA Vérité absolue, dogmatique, émanant d’ « une Personne Universelle ». C’est pourquoi j’ai écrit : valeurs « universalisables », bien que ce ne soit pas français, car de telles valeurs (par exemple le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant, …) constituent un dénominateur commun, bénéfique à toute l’humanité, et donc universellement acceptables.

    Un humaniste agnostique ou athée peut donc reconnaître des valeurs qui ne sont pas qu’individuelles. Il se passe des références transcendantes et surnaturelles des religions, parce que les valeurs religieuses qui en découlent sont imposées « au reste de l’Univers » au lieu d’être librement découvertes et acceptées. Mais il va de soi que l’humanisme laïque et l’humanisme religieux devraient rechercher des valeurs communes aux croyants et aux non-croyants, en favorisant non pas « la divergence et la dissonance », mais le contact entre élèves et l’ouverture à la différence enrichissante de l’autre.
    @ CLEMENT :
    Les valeurs humanistes que proposent le cours ECR vont dans ce sens. Ce ne sont pas des « anti-valeurs ». Mais il était temps que ce cours mette un frein (en une dizaine d’années) aux influences religieuses familiales unilatérales, aussi légitimes soient-elles, confortées ensuite par un enseignement confessionnel, à mes yeux, obsolète, en contradiction avec l’aspiration croissante à la liberté individuelle, et donc inadapté à la pluralité actuelle des cultures et des convictions.
    J’ai écouté attentivement les deux audios : pas la moindre mention des options philosophiques non confessionnelles que sont l’agnosticisme, l’incroyance et l’athéisme. Elle semble bien avoir été expurgée des programmes ! Merci de me prouver que je me trompe. Si c’est exact, comment ne pas y voir une malhonnêteté intellectuelle ?
    Au contraire, j’ai entendu le refus de toute neutralité (dans la mesure où elle est réalisable : voir ci-après), ce qui confirme la volonté encore fréquente de poursuivre dans la voie du dogmatisme religieux !
    Heureusement, la Cour d’Appel a débouté les parents fondamentalistes, et je ne doute pas que la Cour Suprême aura la sagesse de décider que l’intérêt supérieur de l’enfant est de préserver sa liberté de conscience et de religion, tout comme son aspiration à l’autonomie et à la responsabilité individuelle. Seul un système éducatif pluraliste pourra y parvenir.
    A propos de « Monarchomaque » :
    On ne pourra jamais que tendre vers un maximum de neutralité et d’objectivité de la part des enseignants, qui devront toujours être entraînés à ne pas influencer leurs élèves par leur propre croyance ou conviction.
    Mais il est possible, par exemple, de faire connaître aux élèves les éléments dont on dispose à propos de « la révélation de Mahomet » ou de « la résurrection du Christ » (voire de son existence historique), afin qu’ils puissent en juger par eux-mêmes.
     
    Il faut savoir que certains neurophysiologistes estiment que la « révélation » de Mahomet est en fait une hallucination due à une épilepsie ayant son siège dans le lobe temporal droit !
    Il faut aussi que les élèves réalisent que Jésus, s’il a existé, n’a certainement jamais dit tout ce qu’on lui a fait dire dans des textes apocryphes et manipulés au cours des siècles.
    Il faudrait enfin qu’ils constatent qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas, et qu’un milieu croyant unilatéral laisse des traces indélébiles dans le cerveau, ce qui explique la fréquente persistance de la foi.  

    • @M. THYS
      Et comment détermine-t-on quelles valeurs sont « universalisables » ? En imposant ce qu’on trouve au milieu de l’inter-culturalisme j’imagine? Je me demande si la culture chrétienne, progressiste et talibane ont un milieu commun… m’enfin

  5. Michel THYS dit :

    Il n’y a évidemment pas de valeur « universalisable », commune aux chrétiens et aux talibans. La seule chose qu’ils aient en commun, c’est la soumission à un dieu, à son prophète et à un livre « sacré ». Mais elle est totale et inhumaine dans le cas des talibans, partielle et humaniste dans le cas des chrétiens, inspirés par « l’amour du prochain ».
    Par contre, il existe quelques points communs entre les croyants « modérés » (chrétiens, juifs et certains musulmans) et les athées, par exemple le souhait d’un « vivre ensemble » harmonieux.
    Et cela, bien que les valeurs communes des croyants et des non-croyants n’aient pas le même fondement.
     

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