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Se faire vacciner : une question de liberté chrétienne

Nous avons tous constaté que, depuis le début de la « crise sanitaire » en mars 2020, tous les sujets autour du Covid ont passionné les chrétiens… et pas toujours de la bonne manière. Les opinions des uns et des autres se sont parfois entrechoquées assez rudement, au sein même des familles et des Eglises. La question du vaccin n’échappe pas à ce constat : il y a une tendance de chacun à être convaincu que son avis sur le sujet est meilleur que celui de son frère ou de sa sœur. Et beaucoup ont attendu des responsables de leurs Eglises ou des personnalités évangéliques en vue qu’elles prennent position « pour » ou « contre ».

 

On peut arriver à des conclusions différentes

Cependant, il est un principe qu’il me semble avoir peu entendu dans ces débats : celui de la liberté chrétienne. Des chrétiens mûrs dans la foi, désireux de glorifier Dieu dans leur vie, peuvent arriver à des conclusions différentes et décider, pour les uns, de se faire vacciner, et pour les autres, refuser de se faire vacciner. Des arguments peuvent être entendus des deux côtés. Certes, tant les partisans du vaccin que ses opposants peuvent avoir des avis très tranchés et trouver difficilement concevable que l’on pense autrement. Mais à certains égards, c’était déjà le cas du temps de l’Eglise primitive, sur la question de la viande sacrifiée aux idoles par exemple (Romains 14). L’apôtre Paul rappelle alors des principes importants : la liberté chrétienne et l’impératif de respecter les opinions différentes des frères et sœurs.

 

Ecouter notre conscience

Dans toutes ces questions relatives à la liberté chrétienne, Paul insiste aussi sur l’importance, la nécessité même, de suivre sa conscience : « Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve. Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu’il mange est condamné, parce qu’il n’agit pas par conviction. Tout ce qui n’est pas le produit d’une conviction est péché » (Romains 14,22-23). Certains, par motif de conscience, trouveront inconcevable de se faire vacciner… et d’autres inconcevable de ne pas le faire. Ne pas écouter sa conviction, écrit Paul, équivaut à pécher. Il s’agit donc d’écouter notre conscience.

 

Mais ce n’est pas tout : Paul insiste sur le respect des opinions différentes. C’est un défi pour les « pro-vaccins » de ne pas culpabiliser ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, de même qu’il est difficile pour les « anti-vaccins » de ne pas regarder avec une sorte d’esprit de supériorité ceux qui ont fait le choix du vaccin. Si Paul insiste sur ces points (respect du frère ou de la sœur), et si nous mettons aussi l’accent là-dessus, c’est parce que l’unité d’une Eglise locale est une valeur capitale et que la santé d’une Eglise ne devrait pas être mise à mal par ce type de questions qui touchent à la liberté chrétienne.

 

Résister à la logique du sentimentalisme       

Ayant dit cela, nous pouvons certainement faire quelques remarques supplémentaires. D’abord, il est important pour chacun de réfléchir à ses motivations et à son état d’esprit, et de veiller à ne pas « envenimer » les choses, même par de petites provocations verbales au sujet du vaccin ou par de petits gestes ou actes anodins. Il faut se demander par exemple si le fait de s’afficher avec fierté comme ayant été « vacciné » ou « non-vacciné », par exemple sur les réseaux sociaux, est une démarche constructive ou non.

 

Ensuite, nous avons besoin de résister à la logique du sentimentalisme ou de décisions prises sous le coup d’une « impulsion émotionnelle ». A tort ou à raison (là n’est pas la question), la société a pris fait et cause pour la vaccination. En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique a mis sur pied une campagne pour encourager la population à se faire vacciner, avec le slogan : « Un geste du cœur pour tous ». Le philosophe Charles Taylor a développé le concept de l’imaginaire social, qu’il décrit comme « un ensemble d’intuitions et de pratiques, la manière dont les gens pensent le monde et agissent intuitivement avec lui ». Aujourd’hui, notre imaginaire social est pétri de cette idée que se faire vacciner est « un geste du cœur pour tous ». Il est possible d’arriver à cette conclusion, mais cette dernière doit reposer sur quelque chose de plus solide que de simples sentiments ou d’un désir de « suivre le mouvement ». De même, il est possible d’arriver à une conclusion anti-vaccins, mais là aussi, en fondant cette décision sur des arguments et non pas sur de simples « cris du cœur » émotionnels. Le chrétien est censé, dans toutes ses décisions, rechercher la sagesse, le discernement, la connaissance, et vivre selon une intelligence renouvelée (Romains 12,2).

 

Quel messie et quel Evangile ?

Enfin, et c’est notre troisième remarque, veillons à ne pas nous tromper de messie. Le schéma narratif qui nous est raconté depuis quelque temps pourrait facilement nous conduire à penser que le coronavirus était le grand mal dont il fallait se débarrasser, que le vaccin est aujourd’hui le messie qui apportera la « rédemption » et que les vaccinés (dont on a le décompte chaque jour dans les médias) sont les nouveaux « convertis », comme le formule implicitement la campagne de l’OFSP : la solidarité est mise en avant, afin que « tout le monde puisse, à terme, vivre à nouveau sans restrictions ». Ce sera peut-être le cas, il est possible que le vaccin constitue une aide pour une sortie de crise, et on peut envisager de se faire vacciner avec cet objectif en tête ; mais que Dieu nous garde d’en faire un deuxième évangile, qui s’ajouterait au seul Evangile, celui de Jésus-Christ, le véritable messie, qui délivre du péché et auquel on se convertit par la repentance et la foi. A l’inverse, il faut rappeler aussi que c’est bel et bien cette Bonne Nouvelle de la libération du péché que nous devons prêcher en premier lieu, et elle ne doit pas être reléguée au deuxième plan par la « prédication » en faveur du recouvrement de certaines libertés constitutionnelles.

 

Nous ne sommes pas obligés d’être tous d’accord sur la question du vaccin. En revanche, nous devrions tous être d’accord sur le fait qu’il est possible de ne pas être d’accord et qu’il est nécessaire de vivre ce sujet de manière harmonieuse au sein des Eglises locales, pour la gloire de Dieu.

 

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  1. Bonjour,

    merci d’avoir le temps de nous écrire votre réflexion sur ce sujet.

    A la question de « ce qui est le plus important », le Seigneur Jésus-Christ, citant les Ecritures, n’a pas répondu : « tu respecteras le c’est mon choix, ma liberté! de ton prochain », mais « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement, qui est d’une importance semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Matt.22v37-40)

    Certes, Dieu se déclare comme le Dieu libérateur, dans la première des « 10 Paroles » (Exode 20v2), et Paul rappelle que nous avons été « appelés à la liberté » (Gal.5v13)….tout en précisant qu’il convient de nous auto-limiter à ce sujet, au nom de l’amour (v13-15) : « Mais vous, frères et sœurs, vous avez été appelés à la liberté. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les penchants humains. Au contraire, laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres. Car toute la Loi se résume dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mais si vous agissez comme des bêtes sauvages, en vous mordant et en vous dévorant les uns les autres, alors prenez garde : vous finirez par vous détruire les uns les autres.(Gal.5v13-15) ». [Lire aussi 1 Cor.6v12, 1 Cor.10v23 et Rom.13v8 – à lire dans le contexte].

    Le « c’est mon choix, ma liberté » n’est donc pas un absolu. L’amour, si. Il serait donc dommageable de sacrifier l’amour, ce qui est le plus important, comme nous le rappelle le Seigneur, sur l’autel « pro-choice ».

    Et c’est « l’amour du Christ » qui « nous presse » (2 Cor.5v14), de ce poids de la gloire de Dieu. C’est donc sur cette base que chacun décidera devant le Seigneur comment, concrètement, il manifestera l’amour envers son prochain dans la période de pandémie que nous traversons, pour la seule gloire de Notre Seigneur.

    Fraternellement,
    Pep’s

  2. Bonjour,

    merci de nous avoir partagé ces réflexions.

    A la question de « ce qui est le plus important », le Seigneur Jésus-Christ, citant les Ecritures, n’a pas répondu : « tu respecteras le c’est mon choix, ma liberté! de ton prochain », mais « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement, qui est d’une importance semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Matt.22v37-40)

    Certes, Dieu se déclare comme le Dieu libérateur, dans la première des « 10 Paroles » (Exode 20v2), et Paul rappelle que nous avons été « appelés à la liberté » (Gal.5v13)….tout en précisant qu’il convient de nous auto-limiter à ce sujet, au nom de l’amour (v13-15) : « Mais vous, frères et sœurs, vous avez été appelés à la liberté. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les penchants humains. Au contraire, laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres. Car toute la Loi se résume dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mais si vous agissez comme des bêtes sauvages, en vous mordant et en vous dévorant les uns les autres, alors prenez garde : vous finirez par vous détruire les uns les autres.(Gal.5v13-15) ». [Lire aussi 1 Cor.6v12 et 1 Cor.10v23].

    Le « c’est mon choix, ma liberté » n’est donc pas un absolu. L’amour, si. Il serait donc dommageable de sacrifier l’amour, ce qui est le plus important, comme nous le rappelle le Seigneur, sur l’autel « pro-choice ».

    Et c’est « l’amour du Christ » qui « nous presse » (2 Cor.5v14), de ce poids de la gloire de Dieu. C’est donc sur cette base que chacun décidera devant le Seigneur comment, concrètement, il manifestera l’amour envers son prochain dans la période de pandémie que nous traversons, pour la seule gloire de Notre Seigneur.

    Fraternellement,
    Pep’s