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Pierre-Huges Boisvenu et la peine de mort

Par Pascal Denault

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Hier le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a déclaré que des criminels comme Clifford Olson devraient avoir la possibilité de mettre fin à leur vie… Il s’est repris depuis hier, a nuancé et s’est excusé. Cela n’a pas empêché le tollé de protestation de s’enclencher : revanchard, redneck, dégueulasse, barbare… les épithètes ne finissent plus! Même si les progressistes prétendent qu’ils ne veulent pas que le débat sur la peine de mort soit rouvert; depuis hier ils s’en donnent à cœur joie.

Contrairement à ce que prétend Patrick Lagacé dans La Presse, la peine de mort est de l’ordre de la justice et non une imitation de la nature meurtrière de l’homme. Ce que M. Lagacé ne semble pas saisir, c’est que la justice, quelle qu’elle soit, est une vengeance punitive, cependant elle est publique et non privée. Personne ne peut se venger en tuant son prochain, pas plus qu’en l’enfermant (comme le fait le magistrat). Cependant l’emprisonnement n’est pas moins une vengeance punitive que l’est la peine capitale. C’est pourquoi je ne vois le point de Marie-France Bazzo qui, au 98,5 fm ce matin (l’extrait n’est pas encore disponible cela fait à peine 30 minutes), s’est opposée à la peine de mort en opposant justice et vengeance personnelle. On appelle cette méthode d’argumentation le sophisme… Éventuellement, j’aimerais revenir sur la justice de la peine de mort.

L’incohérence des progressistes

Les progressistes sont contre la peine de mort. Cette pratique serait inhumaine et indigne des sociétés de droit. Les progressistes sont contre le militarisme; prendre les armes pour attaquer des nations ennemies ou des terroristes c’est antihumain. On s’attendrait à ce que la même logique soit appliquée à l’euthanasie et à l’avortement. Pas du tout! Tuer des enfants à naître à n’importe quel stade de leur développement et pour n’importe quelle raison et mettre à mort des gens malades qui ne veulent pas souffrir est tout à fait compatible avec le progrès de l’homme et la dignité humaine. Allez comprendre! À écouter parler les progressistes, les Clifford Olson ou les Ben Laden de ce monde sont de pauvres victimes qu’il faut protéger des gros méchants droitistes qui veulent leur peau. Mais les enfants à naître ne sont pas même humains et n’ont aucune dignité. Quel genre d’incohérence supprime l’innocent d’un côté et protège l’impie de l’autre ?! L’incohérence des progressistes!

Rassurez-vous, il n’y a rien de nouveau sous le soleil! Déjà Salomon constatait, il y a trois milles ans, que l’homme déchu a parfois tendance à approuver le mal et condamner le bien : « Celui qui absout le coupable et celui qui condamne le juste sont tous deux en abomination à l’Éternel » (Proverbes 17.15)

Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres, qui mettent l’amer pour le doux, et le doux pour l’amer (Ésaïe 5.20)

Résumons l’incohérence progressiste dans ce débat: (1) Le progressisme confond peine de mort et vengeance personnelle. (2) Le progressisme applique arbitrairement le principe de dignité humaine.

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  1. Québec, le 1ier février 2012
     
    Une corde pour te pendre
     
    En déclarant : « Moi je dis toujours dans le fond: il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule il décidera  de sa vie» le  sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu se rend coupable d’un acte d’un suicide assisté selon la loi. Même s’il le pense le fondateur et ancien président de l’Association des familles de victimes assassinées ou disparues est allé trop dans ses déclarations.  D’ailleurs il s’est excusé trop tard.
     
    Il est impensable que le porte parole sénatorial de la justice au gouvernement prenne parti aussi directement pour la peine de mort volontaire.  Par contre le sénateur a dit tout haut ce que son chef le premier ministre Stephen Harper pense tout bas.  À cet effet rappelons-nous la déclaration de Stephen Harper en janvier 2011 «personnellement, dans certains cas, je crois que la peine capitale est appropriée».
     
    Il ne faudrait pas que ce débat amène le gouvernement Harper à légiférer sur le retour de la peine de mort abolie en 1976.
     
    Il faudrait plutôt s’acharner à renforcir les lois et et augmenter la lourdeur des peines.
     
    Jocelyn Boily

    1. @Jocelyn Boily

      Le commentaire du sénateur Boisvenu était effectivement discutable. Suggérer à un criminel de se pendre est immoral et illégal comme vous le souligner. Cependant, la peine de mort est, à mon sens, un juste châtiment. On ne peut pas pousser quelqu’un à se tuer, pas plus qu’à s’enfermer; mais lorsque l’autorité publique exerce l’un et l’autre ce n’est pas (nécessairement) de la tyrannie, mais c’est justice. L’opinion de M. Harper n’est semble-t-il pas marginale, puisque environ 70% de la population est favorable à la peine capitale.

  2. Tout à fait d’accord avec l’éditorial ci-haut. La société moderne s’émeut  de  la possibilité de rétablir la peine de mort pour les criminels qui tuent de sang froid, mais elle est totalement silencieuse sur les 100,000 innocents qui meurent dans le sein maternel,  chaque année au Canada, aux mains de médecins bouchers . Comble de sottise, les Canadiens serait à 70% en faveur de l’euthanasie où encore une fois les plus faibles et les plus démunis seraient les premières cibles. Allez  donc comprendre nos concitoyens canadiens.

  3. Partage nous donc aussi ton expérience personnelle dans le milieu carcéral.  Je sais que tu a été un certain dans ce ministère.  De ce que je sais, la prison de St-Jérôme n’est pas pour des lourdes peines, mais cela vaudrais mieux que rien, non?

    Bon c’est toi 😉

    Etienne 

    1. Salut Étienne, je te réponds prochainement, je dois d’abord terminer ma prédication pour demain!

  4. Argument ridicule et faux. La société emprisonne de la mme facon que les parents réprimendent et isolent les enfants qui se chicanes:

    1. Pour éviter le danger immédiat
    2. Pour réformer dans le but de ré-integrer a la societé un individu qui aura appris les conséquence de ses actes

    Tu ne comprends pas Bazzo parce que tu ne comprends pas le systeme de justice, c’est tout.

    1. Cher Roger
      Votre compréhension du système pénal exclut la notion « rétributive » de la justice. Vous avez une conception utilitariste de la justice, ce qui a mon sens est un renversement de la justice dont la nature est d’approuver le bien et de punir le mal. L’utilitarisme ne considère pas vraiment l’acte criminel qui a été commis, il s’intéresse uniquement à la perspective future et ignore l’acte passé. Ce qui importe c’est ce qui arrivera dans le futur et non ce qu’on fait devant l’acte passé…

      Implicitement, l’utilitarisme considère qu’il n’est pas nécessaire de punir certains criminels qui n’ont pas besoin d’être réformés; ceux dont le crime était un accident de parcours qui ne risque aucunement de se reproduire (croyez-moi il y en a beaucoup en prison et il y en aurait encore plus dans la société si, comme vous le suggérez, on ne devait plus punir les crimes, mais uniquement réformer les individus). On ne devrait pas les emprisonner puisque la prison va les corrompre… Ultimement, l’utilitarisme exclut la justice puisque le crime n’a pas besoin d’être puni.

      La compréhension que je favorise est une justice rétributive; qui tient compte de l’acte passé et qui rétribue en fonction d’une loi préétablie. Cette notion est celle qui a toujours prévalu dans notre pays; c’est pourquoi on parle de pénitenciers et de système pénal. Mais depuis quelques décennies, notre système de justice est partagé entre deux idéologies: l’utilitarisme et le punitif. Je crois qu’il faut favoriser la réinsertion sociale et la réforme du comportement criminel, mais il est complètement stupide de le faire en excluant la notion punitive de la justice. Un crime doit être puni et ça aussi c’est dissuasif et utile à la prévention (autrement dit, la réforme d’un criminel et la prévention font partie de l’approche rétributive, mais ne sont pas suffisantes à elles seules).

      Ce sont ceux qui excluent totalement la notion punitive et rétributive de la justice qui ne comprennent rien au système de justice et au principe de la loi!

  5. Bien sur que ma vision (qui n’est pas mienne, c’est la vision des sociétées modernes) exclut le coté rétributif parce que ce coté a fait la preuve de son inutilité. Il a été abondemment documenté que des sentences plus graves n’ont pas de facteur dissuasif plus grand. Par contre, la rapidité de l’intervention sociale a fait emplemment ses preuves. Pour ceux qui aurait de la difficultée a comprendre; il est plus efficace de donner de faible peines, dans tous les cas, dans un systeme qui attrape les criminels rapidement et efficacement, que de donner de lourdes peines si les criminels ne sont pas systematiquements attrapés.

    Le reste de votre propos, c’est de la rhétorique religio-moyen-ageuse qui ne supporte pas l’épreuve des faits (la criminalité violente ne cesse de baisser d’année en année. Ou est le probleme)

    1. Votre raisonnement est particulier; vous dites c’est ou bien de petites peines dans un système efficace ou de lourdes peines dans un système inefficace… Pourquoi n’aurions-nous pas des peines sévères dans un système efficace? Par quelle logique excluez-vous sévère et efficace et confondez-vous légère et efficace?

      Deuxièmement, lorsque vous dites que c’est la vision des sociétés modernes, vous confondez une certaine élite bien-pensante avec la société moderne. Les tenants de la psycho-réhabilitation, qui ont pris d’assaut les Services correctionnels du Canada, n’ont pas fait de miracle à ce que je sache; vous devriez voir la violence dans les prisons pour constater rapidement que la psychologie et les programmes qu’on fait faire aux détenus ne changent pas le cœur humain. Toute cette approche présuppose que l’homme est réformable par la thérapie; elle aboutit sur la mauvaise solution parce qu’elle pose un mauvais diagnostic au départ en ne comprenant pas le problème de la nature déchue de l’être humain et en se croyant trop moderne et évolué pour reconnaître que l’anthropologie du « Moyen Âge » avait, à bien des égards, compris la nature humaine…

      Troisièmement, votre argumentation est incohérente car d’une part vous plaidez contre la notion rétributive de la justice, tout en parlant de « faibles peines ». Faible peine signifie donc que vous êtes pour une rétribution; peut-être à un plus faible degré, mais une rétribution néanmoins. Si je comprends bien, nous nous entendons sur le fait que le principe rétributif de la loi doit faire partie de nos mesures correctionnelles et être inclus dans nos efforts de réhabilitation? À moins que vous soyez cohérent en vous opposant à la rétribution judiciaire et que vous plaidiez pour l’entière abolition des peines d’emprisonnement?

      Finalement, puisqu’il faut rétribuer les criminels, examinons votre dernière affirmation voulant que la criminalité baisse d’année en année et qu’il ne faut pas chercher à resserrer la sévérité de nos lois, etc. Toute cette litanie anti-c-10 qu’on entend dans les médias n’est pas fondée. Voici une chronique d’Éric Duhaime à ce propos :


      Et encore ce graphique drôlement révélateur

  6. 1. Dans un systeme ou les petites peines fonctionnent pour rehabiliter et dissuader, pourquoi appliquer de couteuses et inutiles grosses peines? De plus, ca ne fonctionne pas.
    2. Dans le systeme de justice, peines et retribution ne sont pas des vengences (depuis le moyen-age). Elles sont les outils souvent necessaires pour faire passer le message. Le but n’est pas de reconforter la victime en faisant souffrir le coupable.Et, les recherches sont assez probantes; augmenter les peines ne permet pas de reformer, prevenir, eviter le crime.
    3. Le graphique presente demontre effectivement une baisse constante du taux de criminalite violente. CQFD. Prendre le nombre absolu de crimes violent comme reference fait preuve de peu de bonne foi et est statistiquement indefendable. Tous devrait donc demenager sur la Lune puisqu’il n’y a aucun crime.
    4. Si la loi c-10 avait pour effet dans 10 ans de reduire la criminalite au dela du rythme de reduction actuel, je serais pour. Malheureusement, elle n’aura que pour effet de couter cher aux contribuables et d’exciter les conservateurs sociaux.

    1. Résumons votre argument : 1. Les peines d’emprisonnement ne sont pas une punition, mais un outil pour faire passer le message que les crimes ne sont pas acceptables en société. 2. Plus la peine d’emprisonnement est petite, plus le message est efficace pour dissuader de faire un crime… Cette logique ne me convainc pas!

      Bien sûr qu’un système de sécurité plus efficace au niveau des enquêtes policières aura un effet dissuasif. Mais le prix à payer a forcément un effet rédhibitoire sur le comportement criminel; autrement, aussi bien carrément enlever les peines si la sévérité de celles-ci ne produit aucun effet. Je trouve que le discours progressiste est bien suspect en tentant de nous faire voir les agresseurs et les récidivistes comme de pauvres victimes du système carcéral.

      De plus, votre logique se fonde uniquement sur l’utilitarisme et non des impératifs moraux. L’utilitarisme à lui seul est dangereux… tôt ou tard il mène à l’éthique monstrueuse de Peter Signer. C’est par principe premièrement que je suis en faveur de la peine capitale. Et, si l’on veut lui reconnaitre une valeur utilitaire quelconque, reconnaissons qu’elle est le seul moyen qui annule définitivement la récidive, à l’intérieur des murs ou à l’extérieur des murs (puisque l’emprisonnement n’empêche pas le crime, les prisons étant les sociétés les plus violentes et les plus criminalisées).

      Je ne suis vraiment pas anti-détenu. J’ai beaucoup d’affection pour plusieurs détenus que je connais personnellement et auxquels j’écris occasionnellement, et que je visite. Cependant, ma vision du rapport entre la justice et le crime n’est pas utilitaire, mais principielle et cela s’accorde avec ma vision théiste du monde.

  7. Vous ne resumez pas tres bien ce que j’ai dit mais enfin, c’est peu important puisque, comme vous l’avez dit dans votre dernier paragraphe, votre vision de la justice n’est pas pragmatique mais dogmatique.
    Ca a certainement l’avantage d’etre clair.

    1. Merci Roger pour cet échange poli… En terminant, j’aimerais souligner que votre vision de la justice n’est pas moins dogmatique que la mienne. Votre pratique découle de votre dogme de la justice: vous déterminez arbitrairement que la justice n’est pas rétributive, que l’homme ne peut mériter ni récompense ni châtiment. Tandis que la pratique judiciaire que je favorise découle du fait que je conçois la justice comme étant une norme objective, transcendante, universelle et absolue; l’on obtient l’approbation ou la désapprobation en fonction de cette norme. Votre pratique découle de votre norme autant que pour moi… seulement je crois que vous avez le mauvais dogme; donc forcément la mauvaise pratique!