Moralité et sécuralisme

Une des caractéristiques de la postmodernité est de définir la moralité à partir de principes immanents. Cette tendance repose sur le présupposé que la moralité est elle-même immanente et non transcendante. L’immanentisme se manifeste concrètement dans les sociétés occidentales par une idéologie radicale : le sécularisme.

Les chrétiens, qui croient que la séparation entre l’Église et l’État et le sécularisme sont deux choses distinctes qui ne se nécessitent pas mutuellement, voient le sécularisme comme une dénaturation de l’essence de la moralité. En effet, en niant la transcendance de la moralité, le sécularisme tente de donner une nouvelle définition à la moralité; une définition qu’elle n’a jamais eue au cours de l’histoire et qui, selon les chrétiens, n’appartient pas à son essence propre. Cette redéfinition consiste à affirmer que la moralité ne vient pas d’un principe, d’une autorité ou d’une Personne au-dessus de tous les hommes. Une moralité non transcendante peut-elle encore être normative? Définir la moralité exclusivement à partir de principes immanents tout en espérant préserver le caractère normatif de la morale est un défi périlleux…

Depuis que les sociétés occidentales ont adopté le sécularisme comme dogme incontestable du bien-être commun, il a été nécessaire de réviser l’ensemble de nos conventions morales qui ont été conservées ou abolies sur la base de principes séculiers. Les dernières décennies ont été témoins d’une révolution morale à travers tout l’Occident. Une des difficultés du sécularisme cependant, est que nous ne trouvons pas toujours un principe immanent très convaincant pour justifier certains scrupules très forts de notre conscience. Nous illustrerons cette affirmation par deux exemples récents qui concernent un même enjeu moral : la bestialité.

 

Un cas en Suède
Récemment, un homme fut en procès devant les autorités suédoises pour avoir eu des relations sexuelles avec une chèvre. Jadis, cet homme aurait été accusé de bestialité. Il s’agit d’un comportement immoral qui ne peut être toléré dans la société. Cette notion reposait sur l’idée que toute conduite sexuelle n’est pas légitime et que la bestialité transgresse un ordre moral transcendant. Puisque la moralité ne peut exister qu’en rapport avec des personnes morales, qui dit « ordre moral transcendant » dit aussi « Personne morale transcendante ». Scandale! Sacrilège! Il faut impérativement se débarrasser de cette possible référence à Dieu qui est irrecevable dans une société moderne et séculière!

Devant la bestialité, il faut trouver un principe immanent pour la condamner sinon il faut l’accepter, au risque de vivre en contradiction avec sa propre conscience. La conscience de l’homme, aussi moderne soit-il, est cependant dégoutée par la bestialité, mais comment justifier ce scrupule sans renier sa nouvelle idéologie? Par quel principe immanent la cour de Suède pouvait-elle condamner les actes de cet homme? Il fut accusé et condamné de cruauté envers les animaux… La seule chose immorale, me dites-vous, dans l’accouplement entre un homme et une bête, est la possible douleur de cette bête! Parlez-moi d’un principe immanent en béton! De quoi anéantir toute rémanence de l’épouvantail judéo-chrétien qui hante encore parfois la conscience de l’homme blanc. Une question un peu crue : qu’en est-il si la bête n’éprouve pas de douleur?

 

Un article dans le Guardian
Victoria Bekiempis a récemment publié un article dans le Guardian, un journal britannique progressiste, dans lequel elle commente la récente loi de la Floride concernant la bestialité. Avant le 1er octobre dernier, aucune loi n’interdisait les rapports sexuels entre les hommes et les animaux en Floride. Plusieurs cas ont été rapportés dans cet état, entre autres en rapport avec la production de matériel pornographique impliquant des animaux, de sorte que le gouvernement actuel a été obligé de combler le vide juridique entourant cette question.

On a beau être progressiste ou libertaire, on peut difficilement condamner cette loi floridienne sans avoir l’air de faire la promotion d’une moralité un peu louche. Mais comment Mme Bekiempis peut, pour le compte du Guardian, accueillir cette loi tout en honorant le sécularisme dont la mission est de purifier l’espace public de toute notion de transcendance? Autrement dit, comment être contre la bestialité sans affirmer que la sexualité relève d’un ordre moral préétabli, normatif et universel? C’est simple! Il suffit de trouver un principe immanent, c’est-à-dire un principe qui ne repose que sur la nature, l’être humain et la vie en société.

La journaliste nous explique donc que le seul problème de la sexualité entre l’espèce humaine et les autres espèces est celui du consentement. En effet, il est immoral d’avoir des rapports sexuels avec un chien ou un étalon, car ceux-ci ne peuvent pas consentir. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le consentement est absolument nécessaire à la moralité sexuelle. Cependant, contrairement à ce que Mme Bekiempis semble suggérer, le consentement à lui seul n’est pas suffisant pour déterminer si une action est moralement acceptable puisque de toute évidence on peut consentir à faire le mal. Deuxièmement, les animaux peuvent consentir, même si ce n’est pas verbalement ou avec un degré de conscience semblable à celui de l’homme, à avoir des relations sexuelles inter-espèces… Le fondement moral de cet argument progressiste est très mince.

 

Choqués pour les mauvaises raisons
J’ai présenté ces situations en supposant qu’elles devaient nous choquer et que la vérité morale ressortirait comme une évidence ne nécessitant aucune démonstration puisque tous savent intuitivement qu’il y a quelque chose d’absolument anormal et de totalement pervers dans la bestialité. Ces deux cas démontrent que l’homme est justement choqué par la bestialité, mais il invoque de mauvaises raisons pour justifier sa répugnance morale. Pourquoi la bestialité devrait-elle nous déranger?

Je sais malheureusement que la conscience de plusieurs a été si lessivée dans l’idéologie séculière qu’ils suspecteront mon argumentation et tenteront de la réfuter par tous les moyens. Je vous pose donc la question franchement : le problème avec la bestialité, en supposant qu’il y a un problème, vient-il uniquement de la souffrance de la bête et de l’absence de consentement explicite de sa part?

Voici la réponse chrétienne : la bestialité est immorale parce qu’elle enfreint l’ordre moral établi par le Créateur des hommes et des bêtes. Nous ne sommes pas simplement dans une réalité brute attendant d’être interprétée par l’homme, mais dans un monde qui a déjà été interprété et défini par Celui qui l’a fait. Le rôle de l’homme ne consiste donc pas à inventer la moralité, mais à la reconnaître et à s’y soumettre puisque la moralité existe au-dessus de lui et indépendamment de lui. La normativité et l’autorité de la morale résident dans la Personne morale de Dieu. La norme morale n’est pas inconnue de l’homme puisqu’elle lui fut révélée. Sa conscience est le reflet de la loi de Dieu. La bestialité vous choque dans votre for intérieur parce que votre conscience vous rend témoignage de l’ordre moral établi par Dieu. Ne cherchez donc pas à nier ce témoignage ou à l’expliquer par des raisons grotesques, mais reconnaissez de qui il vient. S’il existe un ordre moral absolu au-dessus de l’homme, cet ordre ne peut être justifié que par un principe de même nature : la Parole absolue d’un Dieu absolu.

 

La simplicité de la morale chrétienne
Certaines gens trouvent la moralité chrétienne simpliste; il faut être naïf pour croire que le bien et le mal sont déjà définis pour nous, disent-ils. Pourquoi la loi morale ne serait-elle pas simple en effet? Parce que la moralité et la vie sont plus complexes qu’un ordre moral dicté par Dieu, répondent-ils. Les commandements de Dieu sont effectivement très simples, mais tout devient complexe, voire insoluble, lorsqu’on les rejette. La moralité séculière est construite sur une subtilité complexe pour la simple raison qu’elle nie arbitrairement la transcendance de la moralité. Il est alors complexe de justifier les dictats de la conscience par les insuffisantes raisons émanant de l’immanence. La vie semble complexe aux yeux de l’homme simplement parce qu’il se complique la vie.

La loi de l’Éternel est parfaite, elle restaure l’âme;

Le témoignage de l’Éternel est véritable, il rend sage l’ignorant.

Les ordonnances de l’Éternel sont droites, elles réjouissent le cœur;

Les commandements de l’Éternel sont purs, ils éclairent les yeux.

La crainte de l’Éternel est pure, elle subsiste à toujours;

Les jugements de l’Éternel sont vrais, ils sont tous justes.

Ils sont plus précieux que l’or, que beaucoup d’or fin;

Ils sont plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons.

(Psaume 19.7-10)

Voilà un fondement moral bien plus simple et plus solide que la bêtise du sécularisme postmoderne. Bien que la morale chrétienne soit simple, elle n’est pas superficielle pour autant. Le Christ nous donne un bref aperçu de la profondeur de la loi de Dieu lorsqu’il affirme : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » (Mt 5.27-28) Le commandement de Dieu va beaucoup plus loin que les simples actions du corps. Il s’adresse à la pensée de l’homme, à son cœur, à sa volonté, à ses intentions… Toute l’intériorité de l’homme est visée par ce commandement qui vibre jusque dans les profondeurs de son être. Pourtant, il s’agit d’un commandement tout simple : « Tu ne convoiteras point ». Comment énoncer avec plus de clarté, de cohérence et de force une norme morale qui résonne si profondément en nous?

Un vieux russe a déjà dit : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Si tout n’est pas permis, c’est peut-être parce que Dieu existe… Êtes-vous prêts à accepter les conséquences d’une telle éventualité?

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Posted in Actualité, Apologétique, ARTICLES, Sujets:, Vie chrétienne
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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
4 commentaires sur “Moralité et sécuralisme
  1. Bob dit :

    « Un vieux russe a déjà dit : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Si tout n’est pas permis, c’est peut-être parce que Dieu existe »

    Sophisme primaire.

    • @Bob
      Sophisme primaire? Je dirais plutôt présupposition cohérente! Si vous ne croyez pas que Dieu existe et que vous ne croyez pas non plus que tout soit permis, j’aimerais bien connaître par quelle autorité, selon vous, tout n’est pas permis…

  2. Durandal dit :

    Un cas similaire s’est produit il y a quelques années en France entre un certain Gérard X et son cheval qu’il déguisa en femme. L’affaire s’est rendue jusqu’aux plus hautes instances de la République. Même verdict : condamné non pas pour l’immoralité de la chose, mais pour les supposées douleurs ressenties par la bête.

  3. Durandal dit :

    @ Bob et Pascal, tout n’est pas permis car la moralité est inscrite dans le tableau périodique des éléments, voyons. Les atomes qui bougent, c’est parfois bien, parfois mal. Tout s’explique de façon matérialiste…

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