Les sacrements sont des paroles visibles

J.V. Fesko, pasteur
Les mots ne veulent rien dire en dehors de leur contexte et cela s’applique très certainement au mot sacrement. L’Église catholique romaine et les Églises presbytériennes ou réformées confessantes utilisent toutes ce terme. Toutefois, le contexte de ces deux communautés théologiques montre qu’il existe un monde de différence entre les deux.

Selon l’Église catholique romaine, les sacrements sont des formes visibles d’une grâce invisible — une grâce créée (pouvant même être une substance) qui est infusée dans la personne qui reçoit le sacrement, qu’elle ait la foi au Christ ou non. D’autre part, les presbytériens et les réformés confessants utilisent le même terme, mais signifient par là quelque chose de très différent. D’après la Confession de foi de Westminster, les sacrements sont “des signes et sceaux sacrés de l’alliance de grâce” (27.1). Une différence significative apparaît immédiatement: une forme visible de la grâce invisible de Dieu n’a pas de point d’ancrage historique, tandis qu’un signe et un sceau de l’alliance de grâce ancre les sacrements dans la façon dont Dieu est intervenu avec son peuple à travers l’histoire.

Les promesses de l’alliance et les signes de l’alliance

Dans la Bible, Dieu traite toujours avec son peuple dans le contexte d’une alliance. À l’intérieur de cette alliance, Dieu donne des signes visibles pour accompagner ses promesses. Par exemple, lorsque Dieu a fait alliance avec Noé et la création, promettant de ne plus détruire la terre par l’eau, il a donné un signe visible de son engagement dans cette alliance: “Voici le signe de l’alliance que je place entre moi et vous ainsi que tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir: je place mon arc dans la nuée et il sera un signe d’alliance entre moi et la terre.” (Gn 9.12-13).

Un des éléments importants à souligner est que le signe visible de l’arc-en-ciel est lui-même révélateur puisqu’il est rattaché à la parole révélatrice. Cependant, la parole de Dieu est toujours accompagnée d’une bénédiction et d’une sanction. La nature à double tranchant de la révélation de Dieu, qu’elle soit invisible (parole) ou visible (signe), est évidente quand il est question de l’arc-en-ciel: celui-ci évoque la bénédiction promise par Dieu de préserver la terre, mais aussi le jugement du déluge par lequel Dieu l’a détruite.

On retrouve le même motif de bénédiction et de sanction pour ce qui est de la circoncision, signe de l’alliance faite avec Abraham. Dieu a communiqué sa promesse à Abraham sous forme verbale et lui a ensuite donné un signe visible de cette promesse: “Vous vous circoncirez comme signe d’alliance entre vous et moi.” (Gn 17.11). Le signe visible de la circoncision annonçait aussi bien les bénédictions que les sanctions. Il annonçait la bénédiction de la circoncision du cœur accomplie par le Saint-Esprit (voir Deut 6:4-6; 30:6; Rm 2:25-29) ainsi que l’inclusion dans le peuple de l’alliance de Dieu, mais il annonçait également la sanction de l’alliance: celle d’être retranché du peuple de l’alliance de Dieu (Gn 17:14).

En ce qui a trait à la bénédiction de l’alliance, l’apôtre Paul affirme que la circoncision était également un sceau de la justice qu’Abraham avait reçue par la foi (Rm 4:11). Tout comme un sceau apposé sur une lettre officielle du gouvernement en garantit l’authenticité à son destinataire, il en est de même pour la circoncision. La circoncision est un sceau des promesses de l’Évangile que Dieu a faites à Abraham et que celui-ci a reçues par la foi seule.

Cela soulève toutefois la question suivante: Pourquoi Dieu a-t-il donné la circoncision comme signe de l’alliance? La réponse est simple: Dieu prêchait de manière visible à son peuple que la descendance de la femme, la descendance de Sem et maintenant la descendance d’Abraham — soit le Christ — serait retranchée par amour pour le peuple de Dieu (voir Gn 17:14; Es 53:8; Jr 11:19; Col 2:11; Heb 13:12-13). En résumé, la circoncision en tant que signe de l’alliance annonçait la personne et l’œuvre du Christ.

Le sabbat est un autre signe de l’alliance dans l’Ancien Testament. C’était le signe de l’alliance mosaïque, un signe annonçant que l’Éternel était au milieu d’Israël et qu’il sanctifiait son peuple (Ex 31:13). Le sabbat servait de rappel visible de la délivrance de l’esclavage d’Israël en Égypte (voir Ex 20:8-11; Deut 5:12-15). Quand les Israélites cessaient leurs travaux et adoraient Dieu, ils proclamaient de manière visible à leur propre nation ainsi qu’aux nations païennes environnantes que Dieu était au milieu d’eux, rachetant un peuple pour lui-même et donnant à son peuple un avant-goût du repos éternel à venir (voir Gn 2:3; Ex 31:15; Heb 4:1-11). Cependant, tout comme pour l’arc-en-ciel et la circoncision, le sabbat en tant que signe de l’alliance était un signe à double tranchant. C’était une bénédiction pour ceux qui se reposaient et recevaient ainsi un avant-goût du sabbat éternel à venir, mais c’était aussi un signe de jugement pour ceux qui travaillaient ce jour-là (voir Ex 31:14; Gn 17:14; Gn 15:9-10, 18; Jr 34:18).

Le message des sacrements

Cet arrière-plan de l’Ancien Testament nous aide à comprendre pourquoi les théologiens de l’assemblée de Westminster en 1646 ont dit que le baptême et la sainte cène sont des signes et des sceaux de l’alliance de grâce qui sont saints (ou sacrés; d’où le mot sacrement). Les sacrements prêchent l’Évangile du Christ de manière visible et annoncent sa personne et son œuvre. Le baptême déclare de manière visible que la descendance de la femme est venue, qu’il a été retranché par sa crucifixion, qu’il est ressuscité, qu’il est monté au ciel et qu’il a baptisé l’Église du Saint-Esprit (voir Jl 2:28; Lc 3:16; Ac 2:14-21, 32-33). La sainte cène déclare de manière visible que Dieu a ratifié son alliance avec son peuple à travers le sang que Christ a versé (voir Ex 24:8; Mt 26:28). Elle annonce également le festin de l’Agneau de la fin des temps (Ap 19:9).

Comme leurs prédécesseurs sacramentels de l’Ancien Testament, le baptême et la sainte cène sont à double tranchant, tout comme la parole de Dieu (Heb 4:12). Pour tous ceux qui font une fausse profession de foi, le baptême n’est pas l’eau de la nouvelle création et de la bénédiction, mais l’eau de la noyade et du jugement (voir Lc 3:16; 2 Pi 3:5-7). Pour ceux qui participent à la sainte cène sans avoir la foi au Christ et sans reconnaître la signification du sacrement, la participation au pain et au vin devient la consommation et l’absorption du jugement (1 Co 11:27-30).

Le fait que les sacrements soient des signes et des sceaux de l’alliance de grâce et qu’ils soient des paroles visibles de Dieu nous indique qu’ils jouent un rôle vital dans le culte d’adoration. La lecture des Écritures et tout particulièrement la prédication de la Parole de Dieu sont au centre du culte réformé, ce qui est mis en évidence par la place centrale que la chaire occupe dans les Églises réformées. Ce que les théologiens ont mis par écrit dans la confession de foi de Westminster fait écho à l’enseignement de l’apôtre Paul au sujet de la place centrale de la prédication (Rm 10:14-15). Cependant, les pasteurs proclament l’Évangile à la fois de manière invisible, par des paroles audibles, et visible, à travers les sacrements.

Il est toutefois important de noter que les sacrements dépendent de la Parole de Dieu, sans laquelle ce ne sont que des signes vides. Ainsi, la Parole sans les sacrements est possible, mais il ne peut y avoir de sacrement sans la Parole; les sacrements dépendent de la prédication de la Parole. De plus, tout comme la simple écoute de la Parole prêchée ne garantit pas automatiquement le salut, de même la simple réception des sacrements ne garantit pas non plus le salut. La parole sacramentelle, tout comme la Parole prêchée, doit s’accompagner de l’œuvre souveraine du Saint-Esprit dans le cœur des gens.

Aussi, les sacrements annoncent Jésus-Christ, tout comme le fait la Parole écrite. Les gens confondent trop souvent le signe (le baptême ou la sainte cène) et la chose signifiée (la personne et l’œuvre du Christ) (voir la Confession de foi de Westminster 27.2-3). Les sacrements représentent Christ et ses bienfaits, mais ne sont pas Christ en eux-mêmes, comme le prétend le catholicisme romain à propos du pain et du vin.

Une juste compréhension de la nature des sacrements en tant qu’éléments du culte d’adoration a de profondes implications sur la pratique de l’Église. Par exemple, trop de gens dans l’Église considèrent que le baptême ne vise que la personne baptisée. Lorsqu’unis à la prédication de la Parole audible, les sacrements — parole visible — annoncent plutôt l’Évangile du Christ à l’ensemble du corps du Christ. Le baptême proclame que le Christ a répandu l’Esprit sur l’Église, peu après être monté au ciel et s’être assis à la droite du Père.

Il est également important de se rappeler qu’aucune rencontre avec le Dieu vivant ne peut être neutre. Il n’est pas possible d’entendre la Parole de Dieu et de quitter les lieux en restant indifférent ou non affecté. Jésus-Christ, Parole incarnée, est la pierre angulaire, la pierre principale, et aussi une pierre d’achoppement, un rocher de scandale, sur laquelle on trébuche (Es 28:16; Mt 21:42; 1 Pi. 2:6-8). “La Parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu’aucune épée à double tranchant; elle pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles.” (Heb 4:12). La parole sacramentelle est elle aussi à double tranchant, annonçant de manière visible des bénédictions à ceux qui reçoivent la bonne nouvelle par la foi que donne l’Esprit et annonçant des sanctions à ceux qui la rejettent. À cet égard, les sacrements, tout comme la Parole écrite, peuvent être un moyen de grâce ou un jugement.

Si les sacrements sont effectivement les paroles visibles de Dieu, les prédicateurs et les conseils d’anciens devraient alors faire tous leurs efforts pour enseigner cette vérité dans leurs Églises et s’assurer que la sainte cène soit célébrée fréquemment. Quand nos oreilles entendent la parole prêchée et que nos yeux voient la parole prêchée, réjouissons-nous de ce que Dieu se soit révélé en Christ par cette parole invisible et visible et qu’il l’applique à nos vies par l’œuvre souveraine de l’Esprit Saint. Réjouissons-nous de ce qu’un jour nous n’aurons plus besoin des paroles invisibles et visibles, car nous contemplerons face à face la Parole de Dieu incarnée, lorsque la foi sera remplacée par la vue. Maranatha, viens bientôt, Seigneur Jésus!

 


Paru dans la revue Lumière sur mon sentier Vol. 6, No. 4, hiver 2011, également disponible pour abonnement en format papier.

Traduit et réimprimé avec permission, J.V. Fesko, “The Sacraments as Visible Words”, New Horizons, Vol. 30, No. 6, juin 2009.
L’auteur est pasteur de l’Église presbytérienne orthodoxe (OPC) à Woodstock en Georgie, aux États-Unis.

Posted in Sujets:, Théologie
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