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Le monde prendra-t-il vraiment fin en 2012 ?

Reuben Bredenhof, pasteur
Art Maya

La fin est proche…

Maintenant que nous sommes passés au calendrier de 2012, les gens s’intéressent beaucoup à la question de la fin du monde. Des gens de différents horizons disent que la fin est assurément toute proche, que cette année nous verrons se produire des événements catastrophiques marquant la fin de la civilisation telle que nous la connaissons.

En tant que chrétiens réformés, la réponse qui nous vient tout naturellement à l’esprit devant des déclarations aussi audacieuses est que tout cela n’est qu’un tas de bêtises. Nous savons fort bien, de par ce que la Bible enseigne, que personne ne connaît le jour ni l’heure de la fin et que les gens s’emballent donc pour rien. Toutefois, puisque nous entendrons vraisemblablement parler davantage de cette prédiction à mesure que l’année 2012 progresse, il convient d’examiner cette question de plus près.

Alors, pourquoi 2012 ?

Je ne prétends pas être un grand connaisseur en matière de cinéma, mais les films produits par Hollywood qui développent le thème d’un désastre planétaire conduisant à un nouvel ordre mondial, souvent terrifiant, semblent plutôt abondants depuis quelques années. La Route, tiré du roman de même nom écrit par Cormac McCarthy, présente un père et son fils essayant de survivre dans la désolation d’une Amérique post-apocalyptique. Le livre d’Élie raconte l’histoire d’un homme qui, après une guerre nucléaire catastrophique, lutte pour sauvegarder un livre (nul autre que la Bible !) ayant le potentiel de reconstruire et de transformer la société. Évidemment, il y a aussi 2012, un film qui dépeint le déroulement de la fin du monde et qui regorge d’effets spéciaux spectaculaires: des astéroïdes bombardant la terre, des tsunamis déferlant sur la terre et des tremblements de terre démolissant des gratte-ciel — tous ces événements constituant l’accomplissement d’une ancienne prophétie maya mystérieuse.

L’idée selon laquelle « l’apocalypse » devrait avoir lieu en 2012 ne se retrouve pas uniquement dans le film que nous venons de mentionner. Elle découle d’une tendance générale à spéculer sur la fin des temps. Elle tirerait son origine, diton, d’un certain nombre d’anciennes prédictions s’entendant toutes pour dire que des événements cataclysmiques se produiront le 21 décembre de cette année. Apparemment, cette date est considérée comme celle de la fin d’un cycle de 5125 ans selon le compte long du calendrier mésoaméricain, une date de la fin des temps basée sur des alignements astronomiques exceptionnels.

On dit que Nostradamus, le fameux voyant français du seizième siècle, aurait également prédit l’apocalypse pour 2012. En fait, ses écrits ont été interprétés comme des prédictions d’une vaste gamme d’événements mondiaux — toujours après l’événement, bien entendu. Tout y passe, de la mort de la princesse Diana aux attaques terroristes du 9 septembre. Parmi les divers scénarios suggérés en ce qui a trait à la fin du monde, on retrouve l’intensification mortelle de la chaleur du soleil ou encore la collision de la terre avec une autre planète ou un trou noir.

Pourquoi pas 2011 ?

Si Harold Camping avait dit vrai, nous ne parlerions même pas de 2012 ! Vous vous souvenez peut-être de Harold Camping, ce prédicateur américain et animateur de radio chrétienne qui a prédit que le monde prendrait fin le 21 mai 2011. Se fondant sur des calculs complexes de chronologies bibliques, et non de mouvements astronomiques, Camping a conclu que le 21 mai 2011 serait la date du retour de Jésus-Christ. Il a même précisé l’heure exacte à laquelle ce grand événement aurait lieu. Des observateurs sceptiques ont toutefois rapidement rappelé que Camping en était en fait à sa troisième tentative de prédiction de ce genre. Il avait déjà prédit le jour du grand jugement pour 1988, puis pour 1994.

Plusieurs ont pris plaisir à se moquer de ce dernier échec de Harold Camping. On peut toutefois supposer que cela lui a permis d’attirer bien davantage l’attention qu’il ne lui aurait été possible autrement, car le public en général semble fasciné par cette idée d’apocalypse ultime. Les événements qui se sont produits l’année dernière au cours des mois qui ont précédé le 21 mai auraient certainement pu être interprétés comme la confirmation que « quelque chose » était en train de se produire. Dans plusieurs pays du Moyen Orient, les populations étaient agitées et il y avait beaucoup de troubles, un énorme tremblement de terre et un tsunami dévastateur se sont produits au Japon, tout cela sur fond d’incertitude économique constante et importante.

En dépit de ces « signes de la fin », de toute évidence 2011 n’était pas l’année fixée. Il est trop tôt pour en dire autant de l’année 2012, mais encore une fois, en tant que chrétiens réformés, nous doutons de ces prédictions précises et sommes quelque peu méfiants face à cette fascination pour les événements apocalyptiques.

L’éternité dans nos cœurs

Sur un autre plan, il demeure intéressant de réfléchir à toute cette vogue actuelle. Pourquoi l’idée de la fin du monde attise-t-elle autant la curiosité ? D’une part, les gens ont pris plaisir à se moquer de Harold Camping et de ses panneaux publicitaires après le 21 mai. Mais d’autre part, les gens démontrent toujours un intérêt marqué pour une calamité future et tout ce qui adviendra de nous et de ce monde. Nous pouvons être certains que les médias vont se déchaîner d’ici le 21 décembre de cette année: des experts en astrologie maya seront consultés, des spécialistes de Nostradamus seront interviewés et on ira peut-être même jusqu’à demander leur opinion sur le sujet à un ou deux leaders chrétiens. C’est comme si les gens avaient besoin d’en parler, même s’ils insistent en même temps pour affirmer qu’une telle chose ne pourra jamais arriver. Pourquoi en est-il ainsi ?

Il ne fait aucun doute que notre société aime énormément tout ce qui est spectacle et prend plaisir à suivre les drames qu’entraîne un désastre, qu’il soit réel ou potentiel. C’est peut-être là la source de l’intérêt des gens pour tout ce qui est de nature apocalyptique, mais d’autres facteurs sont possiblement en cause. C’est comme s’il y avait dans le cœur humain la conscience persistante que ce monde ne continuera pas toujours d’exister tel qu’il est. En dépit des dogmes de Disney, les gens semblent bien percevoir que nous ne sommes pas pris dans une sorte de « cercle de la vie » qui tourne et tourne sans fin. Ils se rendent compte au contraire qu’il y a nécessairement un terminus à notre existence, que l’humanité et notre planète arriveront un jour à leur destination finale.

N’est-ce pas là ce que l’Ecclésiaste a dit il y a bien longtemps ? « Il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité. » (Ec. 3:11). On pourrait dire que cette pensée de l’éternité fait partie intégrante de la pensée humaine, que nous avons conscience qu’il y a autre chose au-delà de la vie présente. C’est la petite trace de l’image de Dieu qui reste dans tout être humain, cette perception que nous avons d’avoir été faits pour vivre en communion éternelle avec le Créateur. Il reste encore en chacun de nous une conscience du but éternel pour lequel nous avons été créés. De plus, la loi, qui est écrite dans le cœur de tout être humain, témoigne contre nous (Rm 2:14-16) et nous rappelle subtilement qu’un jour il nous faudra rendre des comptes pour nos actions dans notre corps présent.

Vivre pour aujourd’hui

Le monde prendra-t-il vraiment fin en 2012 ? C’est possible. Mais nous savons, à la lumière des Écritures, que c’est la mauvaise question à nous poser. Les paroles de Jésus sont claires: « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. » (Matthieu 24:42). Par conséquent, c’est une toute autre question, bien meilleure, que nous devrions nous poser: Sommes-nous en train de veiller, maintenant, en 2012 ? Sommes-nous prêts ?

Il est intéressant de noter que déjà il y a deux mille ans les apôtres du Seigneur ont dû réprimander certaines personnes qui disaient que la fin n’arriverait jamais. De faux enseignants s’étaient infiltrés dans l’Église et c’était une de leurs hérésies. Ils disaient: « Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme depuis le commencement de la création. » (2 Pierre 3:4). Le retard apparent du retour du Christ les amenait à conclure qu’après tout il ne reviendrait pas.

Comme il arrive souvent avec de faux enseignements, cette hérésie exerçait une influence directe sur le comportement des gens qui y adhéraient. En effet, si Jésus-Christ ne reviendrait jamais et s’il n’y aurait pas de jugement dernier, pourquoi ne pas vivre n’importe comment, selon ses désirs ? Ils ne seraient pas tenus responsables de leurs actes ! Comme le dit l’apôtre Pierre, ces faux enseignants marchaient « selon leurs propres convoitises » (2 Pierre 3:3). Le fait que le Seigneur continuait à tarder leur donnait un faux sentiment de sécurité. Seul le moment présent comptait, le plaisir dont ils pouvaient jouir à l’instant même, car le lendemain était sans importance.

Ce n’est pas si différent à notre époque. Après s’être moqués de Harold Camping, beaucoup de gens sont sûrement retournés à leur vie sans Dieu, leur attitude de départ d’autant plus renforcée: « Où est la promesse de son avènement ? Tout continue à se passer comme depuis toujours. Vivons donc pour le moment présent. » S’il semble à quelqu’un que le jour de rendre des comptes sur sa vie et ses choix n’arrivera jamais, alors pourquoi cette personne ne ferait-elle pas simplement ce qui lui plaît ?

L’apôtre se rend compte du danger de cette façon de penser. C’est pourquoi il répond avec vigueur. Il souligne le fait qu’adopter une telle attitude, c’est faire preuve d’ignorance délibérée. Les gens oublient qu’une fois déjà Dieu a jugé le monde pour ses péchés. Il l’a fait en envoyant le déluge, anéantissant pratiquement tout être vivant. Oui, Dieu a déjà envoyé son jugement et il le fera encore, non pas avec de l’eau, mais avec du feu cette fois, alors que les éléments seront dissous sous l’effet de la chaleur intense et que toutes choses seront mises à nu.

Quand le fera-t-il ? Le temps de Dieu et le nôtre sont différents: « Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le pensent. » (2 Pierre 3:9). Dieu n’est pas obligé d’agir au moment où l’humanité juge qu’il serait bon qu’il le fasse; il fait plutôt toutes choses selon son conseil parfait. Cela signifie que Jésus-Christ ne tardera pas même d’une seule seconde au-delà du moment fixé. Le grand jour de son retour approche très certainement !

Nous avons nous aussi besoin de nous souvenir de cela. Nous n’avons peut-être jamais douté du retour de Jésus-Christ — cela fait partie de notre credo —, mais nous avons peut-être cessé de considérer sérieusement cette vérité dans toute sa signification. Un des grands dangers qui nous guette en ces temps présents est de nous laisser endormir. Les choses vont plutôt bien dans l’ensemble pour nous, chrétiens d’Amérique du Nord. Nous jouissons de nombreuses bénédictions, nous sommes occupés à nos nombreuses activités terrestres et nous faisons des plans pour l’année qui vient. Nous sommes si occupés à prendre plaisir à ce qui se passe aujourd’hui qu’il n’y a peut-être plus de place dans notre esprit pour une réflexion sérieuse sur l’éternité.

La Bible nous avertit toutefois de demeurer vigilants, de rester éveillés. Nous ne devrions pas faire comme tant d’autres dans ce monde et vivre sans nous soucier du retour du Christ ou sans nous y préparer. Demain, nous pourrions bien avoir à comparaître devant notre Sauveur et devoir lui rendre des comptes.

Sommes-nous prêts ?

Ainsi donc, Dieu veut que nous gardions les yeux fixés sur l’horloge, car l’heure approche. Il veut que nous en soyons bien conscients et que, par conséquent, nous vivions différemment. Si le fait de rejeter le retour du Christ a réellement des effets sur la façon dont une personne vit, alors le fait d’y croire devrait très certainement produire son effet aussi, mais pour le mieux dans ce cas-ci. Quelles sont les implications du grand jour de l’avènement du Seigneur quant à notre vocation devant Dieu aujourd’hui ? Comment vivre à la lumière de ce jugement qui approche ? Pierre nous le dit: « Puisque tout cela est en voie de dissolution, combien votre conduite et votre piété doivent être saintes ! » (2 Pierre 3:11). Il ajoute que nous devons vivre une vie sainte et consacrée à Dieu, alors que nous attendons et hâtons l’avènement du jour de Dieu. Parce que nous attendons la purification à venir, nous devrions déjà maintenant être en train de grandir en pureté. Parce que nous espérons le monde de justice à venir, nous devrions déjà maintenant être en train de progresser dans la justice.

Quand nous étions jeunes, les adultes nous faisaient parfois réfléchir à cette réalité. Ils nous demandaient: « Aimerais-tu que Jésus revienne alors que tu es en train de faire cela ? Serais-tu heureux de le voir apparaître à ce moment-là ou aurais-tu honte ? » Ce n’est pas qu’en tant que chrétiens nous devrions vivre dans la peur, mais nous devrions vivre en étant bien conscients de cette réalité future. Notre conduite estelle sainte ? Agissons-nous de manière convenable pour le royaume du Christ ? Il revient bientôt et nous avons tellement de travail à faire pendant son absence. Nous devons prier. Nous devons aimer. Nous devons donner. Nous devons annoncer l’Évangile. Nous devons construire l’Église.

Peu importe ce qu’il nous en semble, nous ne devons pas considérer le retour de Jésus-Christ comme un événement qui se produira un jour, dans un futur lointain. Jésus est prêt à revenir ! Pierre le dit dans sa première lettre: « La fin de toutes choses est proche » (1 Pierre 4:7). Déjà maintenant, nous pouvons entendre les pas du Seigneur qui approche. Le 21 mai, le 21 décembre, ce sont des dates qu’on annonce et qui tombent ensuite dans l’oubli, c’est bien certain. Nous pouvons évidemment faire fi de tout cela comme tant d’autres gens, mais ce que nous devons éviter, c’est de prendre le retour de Jésus-Christ à la légère. Chaque jour, nous devrions être prêts. Chose certaine, que ce soit en décembre prochain ou dans mille ans, le Maître reviendra. Quand il frappera, serons-nous prêts à ouvrir la porte ? Quand il paraîtra, nos lampes seront-elles allumées et bien brillantes ?

Voici ce qu’Augustin, un père de l’Église, a écrit avec tant de sagesse il y a des siècles: « Celui qui aime la venue prochaine du Seigneur n’est pas celui qui affirme que cette venue est lointaine ni celui qui dit qu’elle est proche. C’est celui qui, qu’elle soit lointaine ou proche, l’attend avec une foi sincère, une espérance indéfectible et un amour fervent. »

Puissions-nous considérer cette année 2012 dans cette perspective et puissions-nous également avoir le courage d’en parler aux autres. Dans un monde qui oscille entre la peur et le mépris, entre la panique et la rébellion, nous devrions être prêts, comme chrétiens, à parler de notre confiance dans le Seigneur. Voilà ce à quoi le Saint-Esprit nous appelle en 1 Pierre 3:15. C’est une parole bien connue, mais remarquez sur quoi l’Esprit met l’accent: « Soyez toujours prêts à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. » Dans un monde qui aime se faire des peurs en laissant vagabonder son esprit dans des visions apocalyptiques et en imaginant des scénarios catastrophiques, ceux qui sont unis à Jésus-Christ envisagent l’avenir dans l’espérance ! Alors, empressons-nous de communiquer aux gens qui nous entourent les raisons de cette espérance.

 


Paru dans la revue Lumière sur mon sentier Vol. 7, No. 1, printemps 2012, également disponible pour abonnement en format papier.

Traduit et réimprimé avec permission, Reuben Bredenhof, « Will the World Really End in 2012? », Clarion, Vol. 61, No. 1, 6 janvier 2012, p. 9-11.