Le fait de son Ascension

Par Paulin Bédard, pasteur

Ascension

Le Catéchisme de Heidelberg, question et réponse #46-48 :

Q. Qu’entends-tu par ces mots: Il est monté au ciel ?

R. Que le Christ a été élevé, aux yeux de ses disciples, de la terre au ciel. Là, il est présent pour notre bien jusqu’à son retour pour juger les vivants et les morts.

Mt 24:30; Mt 26:64; Mc 16:19; Lc 24:50-51; Ac 1:9,11; Rm 8:34; Ep 4:10; Col 3:1-3; He 4:14; He 7:25; He 9:11; He 9:24-25.

Q. Le Christ n’est-il donc pas avec nous jusqu’à la fin du monde comme il nous l’a promis ?

R. Le Christ est vrai homme et vrai Dieu. En sa nature humaine, il n’est plus maintenant sur la terre; mais par sa divinité, sa majesté, sa grâce et son Esprit, il ne s’éloigne jamais de nous.

Mt 26:11; Mt 28:20; Jn 14:17; Jn 16:13,28; Jn 17:11; Ac 3:21; Ep 4:8.

Q. Mais alors, si l’humanité du Christ n’est pas partout où est sa divinité, y aurait-il séparation des deux natures en Jésus-Christ ?

R. Pas du tout, car puisque sa nature divine ne peut être enfermée et qu’elle est actuellement partout présente, il s’ensuit nécessairement qu’elle déborde l’humanité qu’elle a assumée sans cesser pour cela d’être aussi dans celle-ci et de lui demeurer personnellement unie.

Jr 23:24; Jn 3:12-15; Ac 7:49; Col 2:9.

Nous poursuivons notre étude des grandes vérités bibliques sur une note joyeuse et triomphante. Jésus est monté au ciel dans la gloire ! Nous pouvons prier avec confiance que notre Seigneur glorieux au ciel déverse sur nous ses riches bénédictions et qu’il encourage et fortifie son Église dans la foi. La foi chrétienne n’est pas seulement un beau recueil de doctrines. C’est une foi vivante qui brûle dans nos cœurs et qui se transmet d’une génération à l’autre. Quel privilège nous avons d’être instruits dans les grandes doctrines de la Parole de Dieu avec l’aide de ce que nos pères dans la foi ont confessé d’un même cœur !

L’œuvre du Fils se divise en deux phases principales: d’abord son humiliation, puis son exaltation. La deuxième étape de son exaltation célèbre son retour triomphant auprès du Père : « Il est monté au ciel ! »

Il est monté au ciel

La Bible enseigne qu’après sa résurrection, Jésus a passé encore quarante jours sur terre avant de monter au ciel dans sa gloire. Jésus l’avait prédit. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, je vous l’aurais dit; car je vais vous préparer une place. » (Jn 14:2). « Maintenant, je m’en vais vers celui qui m’a envoyé. » (Jn 16:5). Jésus a quitté la terre, mais où est-il allé exactement ? « Pendant que Jésus les bénissait, il se sépara d’eux et fut enlevé au ciel. » (Lc 24:51). « Il fut élevé pendant que ses disciples le regardaient et une nuée le déroba à leurs yeux… Ce Jésus qui a été enlevé au ciel du milieu de vous reviendra de la même manière dont vous l’avez vu aller au ciel. » (Ac 1:9,11). Des témoins oculaires l’ont vu monter au ciel. Même quelques rares privilégiés ont vu plus tard sa position au ciel. Pendant qu’il était lapidé, « Étienne, rempli d’Esprit Saint, fixa les regards vers le ciel et vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. » (Ac 7:55). Sur la route de Damas, Paul a entendu la voix de Jésus qui venait du ciel (Ac 9:4). Plus tard, il a dit que « le Christ est à la droite de Dieu » (Rom. 8:34). Dans l’Apocalypse, Jean a vu l’Agneau dans la majestueuse présence de Dieu au ciel (Ap 5:6; 12:5). C’est bien ce que l’Église de tous temps confesse, comme nous le faisons encore aujourd’hui. « Le Christ a été élevé, aux yeux de ses disciples, de la terre au ciel. Là, il est présent pour notre bien jusqu’à son retour pour juger les vivants et les morts. »

Pourtant, il est toujours avec nous

D’autres textes de la Bible semblent pourtant contredire cette vérité. Juste avant de monter au ciel, Jésus a commandé à son Église d’aller en mission, avec la promesse suivante: « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28:20). Un peu plus tard, Jésus est apparu à Paul dans une vision et lui a dit cette parole d’encouragement: « Sois sans crainte, mais parle et ne te tais pas, car, moi, je suis avec toi et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal. » (Ac 9:4). Dans une autre vision, Jean a reçu la révélation selon laquelle Jésus marche au milieu des sept chandeliers d’or (Ap 2:1), c’est-à-dire au milieu de son Église. Les questions suivantes nous viennent alors à l’esprit : Jésus est-il au ciel loin de nous ou sur terre avec nous ? Est-il à la droite de Dieu ou au milieu de son Église ? Comment comprendre qu’il est absent et présent en même temps ?

Comment comprendre ces deux vérités ?

Au temps de la Réforme au seizième siècle, cette question a été chaudement débattue. Luther et Calvin, en particulier, ne partageaient pas le même avis. Malheureusement, ils se sont même divisés sur cette question. Pour expliquer son point de vue, Luther s’est servi d’une comparaison avec une tige de fer. Une tige de fer possède ses qualités propres. Elle est dure et gris foncé à la température de la pièce. Si l’on place cette tige dans le feu, la tige de fer reste toujours du fer, mais elle emprunte certaines caractéristiques du feu. Elle devient rouge et chaude. La tige demeure la même; en même temps, elle subit des changements. De même, pour Luther, les caractéristiques de la nature divine de Jésus peuvent être transférées à sa nature humaine. Quand Jésus est venu sur terre, il est devenu vrai homme comme nous, avec les qualités propres à notre humanité. En même temps, il est demeuré vrai Dieu. Cependant, sa nature humaine aurait emprunté des caractéristiques de sa nature divine, en particulier lorsqu’il est monté au ciel. Par exemple, Luther croyait que Jésus, dans sa nature humaine, peut être partout présent en même temps. Dieu est partout et cette qualité divine aurait coloré la nature humaine de Jésus. Luther pensait donc que le corps de Jésus pouvait être partout présent.

Cette idée a des répercussions très concrètes. D’après les luthériens, quand nous mangeons le pain et buvons le vin à la sainte Cène, Jésus serait présent corporellement. Il serait là physiquement dans le pain et le vin ou autour des éléments. Les catholiques romains vont plus loin en disant que le pain n’est plus du pain et que le vin n’est plus du vin, mais qu’ils deviennent matériellement le corps et le sang de Jésus. Les luthériens et les catholiques romains diffèrent sur des aspects importants, mais ils sont d’accord pour dire que Jésus serait présent physiquement sur terre. Il apparaîtrait fréquemment sous forme physique et devrait donc être adoré dans le pain et le vin. Où est Jésus ? Au ciel ou sur terre ? Luther répond en disant que Jésus est monté au ciel, mais qu’il est encore avec nous sur terre, dans son humanité tout autant que dans sa divinité. Partout où nous allons, il est présent avec nous en tant qu’homme, car sa nature humaine aurait pris des qualités de sa nature divine. Nous devons cependant reconnaître qu’aucun être humain ne possède une nature humaine ainsi transformée.

Calvin et plusieurs autres se sont opposés à cette idée. Luther et Calvin n’ont pas réussi à s’entendre, à tel point que les réformés et les luthériens ont dû se séparer à cause de leurs divergences d’opinion sur la sainte Cène. Cette division est bien triste. Cependant, les deux groupes étaient convaincus qu’ils étaient fidèles à la Parole de Dieu et qu’il fallait garder tout ce que la Parole de Dieu nous enseigne. Notre Catéchisme est un reflet de ce débat. Il réfute l’idée des catholiques romains et surtout des luthériens. « Le Christ n’est-il donc pas avec nous jusqu’à la fin du monde comme il nous l’a promis ? Le Christ est vrai homme et vrai Dieu. En sa nature humaine, il n’est plus maintenant sur la terre; mais par sa divinité, sa majesté, sa grâce et son Esprit, il ne s’éloigne jamais de nous. » Où est Jésus aujourd’hui ? Jésus est certainement encore présent sur terre, mais, après son ascension, une différence majeure s’est produite. Selon sa nature humaine, il n’est plus sur terre. Il a été enlevé au ciel devant les yeux de ses disciples. Il est parti physiquement. Son corps est au ciel. En tant qu’homme, il nous a quittés pour aller au ciel. Il ne reviendra corporellement sur terre qu’à la fin des temps. « Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, reviendra de la même manière dont vous l’avez vu aller au ciel. » (Ac 1:11). Il est toutefois continuellement présent avec nous « par sa divinité, sa majesté, sa grâce et son Esprit ».

Comme le dit la déclaration du Concile de Chalcédoine (qui date de l’an 451), il est « un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule substance. » Nous sommes ici devant un profond mystère. Les deux natures du Christ sont étroitement unies en une même personne, sans toutefois être confondues. Les propriétés de chacune des deux natures sont réunies en une seule personne, tout en étant pleinement sauvegardées.

Cette confession est-elle si importante ?

Est-ce que ça vaut la peine de garder cette confession et de rester séparés d’autres qui croient autrement ? Oui, car il est important de garder tout ce que Dieu nous a révélé. Luther n’a pas été vraiment fidèle à ce que la Bible dit au sujet de l’ascension de Jésus. « Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut enlevé au ciel. » (Lc 24:51). Dans le contexte, Jésus venait de leur montrer, en chair et en os, qui il était et quelle était sa véritable nature humaine. « Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. Mais il leur dit: Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi ces raisonnements s’élèvent-ils dans vos coeurs ? Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi; touchez-moi et voyez; un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. » (Lc 24:37-39). Ensuite, Jésus se sépara d’eux. Cet homme véritable était là, avec eux, puis il n’y était plus. Il n’a pas fait semblant de disparaître. Il est réellement parti physiquement.

Ensuite, il est également important de garder cette confession parce que la Bible enseigne que notre Sauveur doit être vrai homme. Pourquoi notre Sauveur doit-il être vrai homme ? « Parce que la justice de Dieu exige que ce soit la nature humaine — qui a péché — qui paie pour le péché. » (réponse 16 du catéchisme). Celui qui a expié nos péchés, le deuxième Adam, devait avoir exactement la même nature que celui qui est tombé dans le péché, le premier Adam. Luther pensait plutôt que Jésus, dans sa nature humaine, n’a pas une nature identique à celle d’Adam. Elle posséderait une dimension supplémentaire, elle aurait pris des qualités divines et serait donc partout présente. Sans le vouloir, Luther a donc introduit des notions qui ont le potentiel de miner la doctrine du salut même.

Où donc est Jésus aujourd’hui ? La personne de Jésus-Christ demeure bien entendu un mystère. Nous ne comprenons pas tout à son sujet. Notre pensée est trop faible et elle est même obscurcie par le péché. Mais ce que Dieu dit devrait nous suffire. Le Fils de Dieu est devenu vrai homme tout en restant vrai Dieu. Ses deux natures, humaine et divine, sont unies sans être confondues. Depuis qu’il est monté au ciel, il est toujours partout présent par sa divinité. Nous avons la joie et le réconfort de savoir qu’il est avec nous tous les jours. Il est toutefois absent de nous dans son humanité. Dans son corps et dans son humanité, il ne peut être présent qu’à un endroit à la fois, car il a bien voulu garder notre nature humaine pour l’éternité, et cela pour notre salut éternel ! Nous ne comprenons pas les détails, mais c’est ce que nous croyons et cela nous pousse à l’adorer de tout notre cœur.


Paru dans la revue Lumière sur mon sentier Vol. 7, No. 1, printemps 2012, également disponible pour abonnement en format papier.

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