Question #12 – Qu’est-ce que l’impassibilité de Dieu?

Réponse: Dieu ne change pas dans ses émotions et dans les perfections de ses attributs ; bien qu’il intervienne dans le temps et qu’il entre en relation, son être est éternellement immuable. ~ Jacques 1.17

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Une des affirmations contestées de la confession de foi, et de l’orthodoxie réformée, est la doctrine de l’impassibilité divine. Au paragraphe 1 du chapitre sur Dieu et la sainte Trinité, nous confessons que Dieu est « impassible ». Le texte original dit que Dieu est « sans passions ». Cette affirmation est contestée en raison de l’usage moderne du mot impassible qui est synonyme d’indifférence, d’absence d’émotion et même de froideur. Nous préférons un Dieu passionné, capable de s’émouvoir et surtout un Dieu qui ne nous est pas indifférent.

Notre conception de l’impassibilité est erronée et notre préférence pour un Dieu passionné est mal éclairée. Le sens théologique du mot impassible vient de la racine gréco-latine pathi qui signifie souffrir. Une passion est une émotion subie par l’homme. Il y a une importante distinction entre l’émotion et la passion ; Dieu a des émotions, mais il n’a pas de passion. L’émotion est un état subjectif qui est ressenti ; la passion est une réaction subjective que l’homme subit selon le cours des événements. Des paroles, des actions ou des événements provoquent sa colère, sa joie, sa terreur ou sa confiance. L’homme subit les aléas de l’existence et voit sa disposition subjective être continuellement changée. Imaginez si Dieu était passible ; si son humeur variait et s’il n’était pas constant dans ses émotions… Si Dieu était soumis aux passions comme nous, nous ne pourrions avoir aucune assurance en sa faveur.

L’impassibilité est synonyme d’immuabilité. Dieu ne change jamais dans ses émotions. Son amour ou sa colère ne peuvent augmenter ni diminuer en fonction des événements. Il en est ainsi, car Dieu n’est pas temporel, mais il est éternel ; Dieu n’est pas fini, mais infini. Dieu n’a pas des passions, mais des perfections. Une passion est une émotion imparfaite et changeante tandis qu’une perfection est une émotion qui ne peut pas être améliorée.

Dieu est parfait dans son amour et parfait dans sa colère, ses attributs ne peuvent subir aucun changement. Dieu ne peut aimer plus le bien ou l’aimer moins ; son humeur ne change pas avec la contingence des événements. De même, Dieu ne peut haïr davantage le mal, car il le hait d’une parfaite haine éternelle. « Dieu est un juste juge, Dieu s’irrite en tout temps » (Ps 7.11). La colère de Dieu n’est pas une réaction au mal, mais une colère éternelle et parfaite contre le mal. Il ne se produit aucun changement en Dieu lorsque les hommes font le mal, mais uniquement dans la créature : elle se place sous le déplaisir de Dieu. Si nous plaisons ou déplaisons à Dieu, le changement n’est pas en lui, mais en nous. Le soleil nourrit les plantes vivantes et il dessèche les plantes mortes, il fait fondre le beurre et il durcit le grain. Il n’y a aucun changement dans la radiation, la lumière ou la chaleur du soleil, mais chaque élément est changé selon sa propre nature par le même soleil qui ne change pas.

Certains, en lisant ces lignes, se diront peut-être que ce concept est plus philosophique que biblique puisque l’Écriture semble présenter un Dieu qui a des passions et dont les émotions changent en fonction de l’homme. Voici quelques textes bibliques en ce sens :

5 L’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. 6 L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. (Gn 6.5-6)

L’Éternel dit à Moïse : Je vois que ce peuple est un peuple au cou raide. 10 Maintenant laisse-moi ; ma colère va s’enflammer contre eux, et je les consumerai ; mais je ferai de toi une grande nation. 11 Moïse implora l’Éternel, son Dieu, et dit : Pourquoi, ô Éternel! Ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par une grande puissance et par une main forte? 12 Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir, c’est pour les tuer dans les montagnes, et pour les exterminer de dessus la terre? Reviens de l’ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple. 13 Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en jurant par toi-même : Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays dont j’ai parlé, et ils le posséderont à jamais. 14 Et l’Éternel se repentit du mal qu’il avait déclaré vouloir faire à son peuple. (Ex 32.9-14)

N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption. (Ep 4.30)

Ces textes ne sont-ils pas des preuves que Dieu n’est pas impassible? Ces textes ne nous décrivent pas l’essence de Dieu, mais ses actions. Cette distinction est de la plus haute importance, car Dieu peut demeurer essentiellement impassible tout en répondant aux actions de l’homme de manière condescendante comme s’il était passible. Autrement dit, tous ces textes où il semble y avoir un changement en Dieu révèlent plutôt les perfections éternelles de Dieu vis-à-vis des imperfections temporelles de l’homme. Dans ces passages, Dieu se révèle en s’accommodant à la faiblesse humaine ; il utilise une manière figurative de parler (il se repent, sa colère s’enflamme, il s’attriste, etc.) afin que nous comprenions son déplaisir envers le mal. Nous appelons cette façon de parler des anthropopathismes ; c’est-à-dire l’attribution de passions humaines à Dieu, mais celles-ci ne peuvent pas lui appartenir en propre. De la même façon l’Écriture utilise des anthropomorphismes : l’attribution de formes humaines à Dieu (un bras, des yeux, une bouche, etc.) alors que Dieu est incorporel. Ce langage figuratif accommode la révélation d’un Dieu transcendant et incompréhensible à la finitude et la faiblesse humaine.

Voici d’autres textes qui décrivent l’essence divine comme étant impassible. Ces textes, où Dieu est décrit dans son être, nous permettent de comprendre comment nous devons interpréter les textes où Dieu est décrit dans ses actions.

Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. (Nb 23.19)

5 Considère les cieux, et regarde! Vois les nuées, comme elles sont au-dessus de toi! 6 Si tu pèches, quel tort lui causes-tu? Et quand tes péchés se multiplient, que lui fais-tu? 7 Si tu es juste, que lui donnes-tu? Que reçoit-il de ta main? 8 Ta méchanceté ne peut nuire qu’à ton semblable, ta justice n’est utile qu’au fils de l’homme. (Jb 35.5-8)

Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation. (Jc 1.17)

Ces textes nous présentent Dieu dans son essence propre. Une lecture simpliste verrait une contradiction avec les autres textes où Dieu semble passible. En réalité il n’y a aucune contradiction. Il n’y a en Dieu, en son essence propre et ses différents attributs, « ni changement ni ombre de variation ». Lorsque Dieu déclare qu’il est attristé et qu’il se repent, nous ne devons pas comprendre que Dieu est subitement devenu triste, mais bien que l’homme s’est placé sous le déplaisir de Dieu. La repentance de Dieu n’est pas comme celle de l’homme ; il s’agit simplement d’une analogie qui nous permet de comprendre que Dieu change de direction : il a fait l’homme, maintenant il détruit l’homme. Dieu ne change pas, c’est l’homme qui a changé. Lorsque Paul écrit « n’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu », il ne décrit pas l’état émotif de l’Esprit, mais la conduite pécheresse de l’homme.

De même, lorsque Dieu se laisse convaincre par l’intercession de Moïse, ce qui a changé ce n’est pas la colère de Dieu contre le péché, mais l’intervention d’un médiateur. Dieu révèle ainsi qu’une médiation entre lui et les hommes change radicalement le statut de l’homme devant Dieu. Le changement n’est pas en Dieu, chez lequel il n’y a aucun changement possible, mais c’est pour l’homme qu’il y a eu un changement de situation et ce changement le place dans une nouvelle posture face au Seigneur. Il en va de même pour le plaisir et le déplaisir que les enfants de Dieu « provoquent » chez leur Père. Dieu ne change pas, mais nous alternons par notre conduite entre le plaisir et le déplaisir de Dieu.

Terminons en rappelant qu’il est important de ne pas envisager Dieu simplement comme un être impersonnel qui aime et qui déteste de manière mécanique. Dieu est un être personnel qui entre en relation avec nous en se plaçant à notre niveau. Il agit de manière immanente, il intervient dans le temps et fait connaître à l’homme son essence éternelle dans des circonstances temporelles. Avec les croyants, il agit comme un Père qui approuve et désapprouve ses enfants, qui est réjoui ou attristé par eux. Il ne feint pas, mais il s’ajuste ainsi à notre finitude afin que nous changions et devions semblables à Lui (Hé 12.10). Les enfants de Dieu doivent savoir que la bonté de leur Père à leur égard ne peut jamais cesser ni diminuer, car ses compassions n’ont pas de fin et sa faveur est éternelle. L’impassibilité divine est la source d’un grand réconfort et d’une parfaite assurance en un Père dont la bonté est immuable. Les pécheurs qui refusent de se repentir doivent craindre, car la colère de Dieu contre eux est éternelle et ne peut être apaisée que par le sacrifice de son Fils unique. Heureux tous ceux qui se confient en dans le Fils (Ps 2.12).

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Description: Une série de théologie systématique à partir de la Confession de foi baptiste de Londres de 1689 – Liste des questions étudiées
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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
2 commentaires pour “Question #12 – Qu’est-ce que l’impassibilité de Dieu?
  1. André Pardoën dit :

    Rectification:
    Bonjour pascal,
    Au sujet de cette phrase: »Lorsque Dieu déclare qu’il est attristé et qu’il se repent, nous devons comprendre que Dieu est subitement devenu triste, mais bien que l’homme s’est placé sous le déplaisir de Dieu. »N’est ce pas plutôt : « nous ne devons pas comprendre que Dieu est subitement ……….; ». Sinon peux tu expliquer ce que tu veux dire? merci et merci pour cette bonne série sur la 1689.

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3 Pings/Trackbacks pour "Question #12 – Qu’est-ce que l’impassibilité de Dieu?"
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