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La doctrine de la liberté chrétienne et la liberté de conscience – Théologie systématique #21

Les 16e et 17e siècles ne furent pas les plus remarquables en ce qui concerne le respect de la liberté de conscience et de religion. Cependant c’est lors de cette période que fut introduit ce nouveau concept qui allait bientôt changer radicalement la société. Martin Luther déclara devant la Diète impériale de Worms que sa conscience était liée par les saintes Écritures et il contesta le pouvoir hégémonique de l’Église romaine qui exigeait une foi et une obéissance implicites en son autorité. La Réforme, dans son autocritique idéalisée, se présenta comme la libératrice de la captivité babylonienne (c’est-à-dire Rome) et offrit une compréhension nouvelle de la liberté du chrétien et de sa conscience. Les trois paragraphes qui suivent synthétisent l’essentiel de cette doctrine protestante.

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La première chose que l’on remarque en étudiant ce chapitre est la suppression du paragraphe 4 de la Confession de foi de Westminster. Celui-ci conférait un pouvoir illégitime, aux yeux des congrégationalistes et des baptistes, aux autorités civiles en matière de religion pour maintenir l’ordre et la doctrine de l’Église. En rejetant le paragraphe 4, les baptistes affirmaient que la liberté de conscience nécessitait de limiter la juridiction du pouvoir temporel en refusant son intrusion dans la sphère de l’Église. L’idée initiale de séparation entre l’Église et l’État ne visait donc pas à protéger l’État contre l’influence de l’Église, mais bien à protéger l’Église de l’ingérence de l’État. Cette idée fut promue par les protestants non conformistes qui ne pouvaient, en toute bonne conscience, se soumettre à la religion d’État qui leur était imposée. Et c’est ainsi que, petit à petit, les États en occident se sont sécularisés.

Le chapitre 21 sert de fondement pour la dernière section de la confession de foi qui développera les doctrines rattachées à la pratique de la piété et de la vie chrétienne. Chacun des chapitres qui suivent doit être vu sous l’angle de la liberté chrétienne et la liberté de conscience : le culte religieux, les serments, le gouvernement civil, le mariage, l’Église et ses ordonnances, etc. Pour que l’Église locale puisse ordonner tous ces éléments selon sa conscience à la lumière de la Parole de Dieu, elle doit être libre.

Nous présenterons donc cette doctrine fondamentale à partir de trois questions qui nous permettront d’exposer les trois paragraphes du chapitre 21 :

  1. En quoi consiste la liberté chrétienne?
  2. Qu’est-ce que la vraie liberté de conscience?
  3. La liberté individuelle ne mène-t-elle pas à l’anarchie?

CHAPITRE 21 – L’ÉVANGILE ET L’ÉTENDUE DE LA GRÂCE

Par. 1 – La liberté que Christ a acquise pour les croyants sous l’Évangile consiste en leur libération de la culpabilité du péché, de la condamnation de la colère de Dieu, de la sévérité et de la malédiction de la loi1. Ils sont délivrés de ce présent monde mauvais2, de l’esclavage de Satan3, de la domination du péché4, du mal des afflictions5 de la crainte et de l’aiguillon de la mort, de la victoire du tombeau6 et de la damnation éternelle7 ; par la liberté que Christ a acquise pour les croyants, ceux-ci ont un libre accès auprès de Dieu et deviennent obéissants, non par crainte servile8, mais par amour filial et bonne volonté9. Tout cela était également imparti en substance aux croyants sous la loi10. Cependant, sous le Nouveau Testament, la liberté des chrétiens est plus vaste encore : ils sont libérés du joug des lois cérémonielles auxquelles l’Église juive était assujettie, bénéficient d’une plus grande assurance dans leur accès au trône de la grâce et ont part à une plus large mesure du libre Esprit de Dieu que ne l’avaient généralement les croyants sous la loi11.

1. Ga 3.13 2. Ga 1.4 3. Ac 26.18    4. Ro 8.3    5. Ro 8.28

6. 1 Co 15.54-57 7. 2 Th 1.10 8. Ro 8.15    9. Lu 1.73-75 ; 1 Jn 4.18

10. Ga 3.9,14 11. Jn 7.38-39 ; Hé 10.19-21

Par. 2 – Dieu seul est le Seigneur de la conscience12 qu’il a laissée libre par rapport aux doctrines et aux commandements des hommes qui sont, en quelque matière que ce soit, contraires à sa Parole ou qui ne se retrouvent pas dans celle-ci13. Par conséquent, croire de telles doctrines ou obéir à de tels commandements par motif de conscience, c’est trahir la vraie liberté de conscience14 ; aussi, exiger une foi implicite ainsi qu’une obéissance absolue et aveugle, c’est détruire la liberté de conscience et contrevenir à la raison15.

12. Ja 4.12 ; Ro 14.4 13. Ac 4.19,29 ; 1 Co 7.23 ; Mt 15.9

14. Col 2.20,22-23 15. 1 Co 3.5 ; 2 Co 1.24

Par. 3 – Ceux qui, sous prétexte de liberté chrétienne, pratiquent un péché quelconque ou entretiennent quelque passion coupable, pervertissent l’intention principale de la grâce de l’Évangile pour leur propre destruction16. Ce faisant, ils annihilent complètement l’objectif de la vie chrétienne, qui est de servir le Seigneur sans crainte, en marchant dans la sainteté et la justice devant lui chaque jour de notre vie, étant délivrés de la main de tous nos ennemis17.

16. Ro 6.1-2 17. Ga 5.13 ; 2 Pi 2.18,21

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