Aperçu de la doctrine sociale et économique de Jean Calvin

Nous nous sommes penchés il y a quelques temps sur l’enseignement de Jean Calvin sur la question du prêt à intérêt et de ses conséquences sur le développement économique de la société. La riche et profonde pensée de ce réformateur a effectivement marqué la civilisation occidentale et contribué à l’émergence du monde moderne. Je vous propose aujourd’hui d’aborder deux autres points de ce thème, toujours d’actualité : les relations patron-ouvrier et la réinsertion sociale des démunis.

Les relations patron-ouvrier

Analysons à ce propos le commentaire qu’offre Calvin au 8e commandement (« tu ne voleras pas »). Il dénonce ceux qui, sous couvert du droit, abusent de leur richesse et de leur pouvoir. Ici encore, la première clé est l’équité : « Que chacun retienne paisiblement ce qui lui appartient et qu’il en jouisse et que nul ne fasse à autrui ce qu’il ne voudrait lui être fait ». Il poursuit en précisant que pour saisir le sens du commandement, il faut lui donner une forme positive : il ne suffit pas de s’abstenir de voler de façon directe et flagrante, mais il faut encore ne pas voler de façon indirecte en rétribuant insuffisamment la main-d’œuvre qui permet à l’employeur de s’enrichir.

Le riche et le pauvre sont en situation d’inégalité, c’est un fait. La seule richesse temporelle du pauvre est dans le travail de ses mains. Une autre logique se superpose alors à celle du contrat : le labeur quotidien du pauvre doit lui permettre de vivre. « …Car il n’y a rien de plus injuste que quand ils nous auront servis, pour le moins ils n’aient à vivoter petitement ». Pour Calvin, l’argent n’est en lui-même ni bon ni mauvais. Cependant les rapports financiers appellent le riche à une responsabilité. Le riche s’est vu confier une mission par Dieu qu’il doit assumer avec courage et sérieux : être le dépositaire – et jamais totalement le propriétaire – des biens que Dieu lui confie pour le service des autres. Le calviniste ne dilapide dès lors pas son argent en luxe inutile. Il cherche plutôt à donner par le travail qu’il fournit une dignité à ceux qui n’en ont pas.

La réinsertion sociale des démunis

Avant même l’arrivée de Calvin à Genève en 1536, on interdit la mendicité et crée l’Hôpital général (1535). Ces deux mesures sont directement liées à l’adoption de la Réforme. Le catholicisme médiéval valorisait le pauvre comme figure du Christ et « portier du ciel ». Il ne cherchait cependant guère à le sortir de la précarité, dans le sens où on tentait de lui donner le minimum pour qu’il puisse survivre mais on déployait peu d’effort pour le rendre autonome et ainsi briser le cercle vicieux dans lequel il était prisonnier.

La Réformation cherche, elle, à lutter contre l’indigence. En même temps qu’on condamne les oisifs et les profiteurs, on s’engage à donner du travail à ceux qui en sont dépourvus. On réserve l’assistance à celles et ceux qui ne peuvent pas ou plus travailler. L’Hôpital général centralise l’aide pour ceux-là. Aux pauvres genevois qui demeurent chez eux, on distribue chaque semaine du pain ou alors on les loge à l’Hôpital. Aux pauvres de passage, on offre l’asile pour une nuit et on leur donne le repas du soir, à condition qu’ils quittent la ville le lendemain. Le système est coercitif, mais efficace, puisque peu à peu la pauvreté aura presque disparu.

Calvin et ses successeurs vont insister sur le développement de l’éducation, avec un soin particulier accordé aux écoles. Ils valoriseront aussi le travail comme vocation et encourageront à changer de métier si cela permet de mieux soutenir sa famille.

Adapté à partir de :
Les relations patron-ouvrier [Calvin 1509-2009]
Sortir les pauvres de leur pauvreté [Calvin 1509-2009]

Ceci, évidemment, n’est qu’un très rapide survol. Pour ceux qui sont intéressés à poursuivre cette réflexion, je suggère les études suivantes :

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Un commentaire pour “Aperçu de la doctrine sociale et économique de Jean Calvin
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  1. […] ainsi qu’en soulignant les efforts de Calvin pour l’établissement d’une économie concourant à l’harmonie et la prospérité de la cité. En langue française, l’opus magnum sur la question est l’ouvrage La […]

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