Commentaire sur le Psaume 36

Pour David

  1. Pour le Maître-Chantre. Pour le serviteur de l’Éternel, pour David.
  2. Oracle de la rébellion adressé au méchant dans mon cœur. Il n’y a point de crainte de Dieu devant ses yeux.
  3. Car il se flatte à ses propres yeux, pour consommer son iniquité, pour haïr ;
  4. les paroles de sa bouche sont injustice et fourberie ; il a renoncé à être sage et à faire le bien ;
  5. sur sa couche il médite l’injustice ; il se tient sur le chemin qui n’est pas bon ; ce qui est mal, il ne le rejette point.
  1. Éternel, ton amour s’élève jusques aux cieux, ta fidélité jusques aux nues!
  2. Ta justice est semblable aux montagnes de Dieu, tes jugements sont un abîme profond : tu conserves les hommes et les bêtes, ô Éternel!
  3. Que ton amour est précieux, ô Dieu! Les enfants des hommes se réfugient à l’ombre de tes ailes.
  4. Ils se repaissent de la graisse de ta maison, et tu les abreuves au fleuve de tes délices.
  5. Car c’est chez toi qu’est la source de la vie, et c’est dans ta lumière que nous voyons la lumière!
  1. Conserve ton amour à ceux qui te connaissent, et ta justice à ceux qui ont le cœur droit!
  2. Que le pied de l’orgueil ne m’atteigne pas, et que la main des méchants ne me mette pas en fuite!
  3. Les voilà tombés, les ouvriers d’iniquité! Ils sont terrassés et ne peuvent se relever.

Ce Psaume a probablement été composé pendant les persécutions de Saül et il a beaucoup de rapports avec les Ps 9, 10, 11, 12, 14, dans lesquels le psalmiste oppose au sombre tableau des désordres des méchants celui du bonheur dont jouissent les fidèles qui ont Dieu pour protecteur et pour guide. C’est l’un de ceux où le contraste qui existe entre le royaume de Dieu et celui de Satan est le plus distinctement marqué. Richter fait observer qu’on a particulièrement besoin des consolations que ce Psaume nous présente quand on est attristé par le douloureux spectacle des révolutions et des guerres qui, depuis plus d’un demi-siècle, couvrent l’Europe de sang et de ruines.

La première strophe est un portrait du méchant (2-5) ; dans la seconde, le psalmiste célèbre les perfections de Dieu et le bonheur dont jouissent ses enfants (6-10) ; il termine par une prière dans laquelle il demande à Dieu de le mettre lui-même à l’abri de ses persécuteurs (11-13).

Verset 2. Oracle de la rébellion adressé au méchant dans mon cœur. Il n’y a point de crainte de Dieu devant ses yeux.

Les premières paroles de ce Psaume sont éminemment poétiques, mais un peu obscures à cause de leur grande concision. Elles sont destinées à dépeindre la puissance que le péché exerce sur le cœur des méchants. C’est à dessein que le psalmiste se sert d’un mot hébreu[1] que nous rendons par oracle et qui ne s’emploie jamais que lorsqu’il s’agit d’une parole solennelle, de quelque déclaration de Dieu ou de ses envoyés (Es 1.24 ; Nb 24.3-4 ; 2 S 23.1). Il veut faire remarquer que le méchant, au lieu de suivre les bonnes inspirations de Dieu et de sa parole, s’abandonne à celles d’un mauvais esprit, de l’esprit de rébellion qui a pris en quelque manière dans son cœur la place de Dieu. Le contenu de l’oracle que la rébellion adresse au méchant est indiqué par la seconde partie de ce verset et par les trois versets suivants, qui nous montrent l’influence de ses pensées sur sa conduite. — Le psalmiste dit que l’oracle de la rébellion est dans son propre cœur, parce qu’il en faisait le sujet de ses méditations[2]. — Le second membre du verset est cité par St-Paul dans le tableau qu’il fait de l’état de l’homme naturel. Rm 3.18. Comp. Ps 10.4.

Verset 3. Car il se flatte à ses propres yeux, pour consommer son iniquité, pour haïr ;

Le psalmiste veut parler des illusions que le pécheur se fait à lui-même et qui le portent à se complaire dans le mal, à rechercher avec empressement les moyens de l’accomplir et à haïr Dieu, la loi de Dieu, les autres hommes. La traduction que nous donnons est celle des rabbins et de De Wette et Stier parmi les modernes. Cependant celle de Hengstenberg peut aussi se justifier : Il se flatte à ses propres yeux que son iniquité ne sera pas découverte ni haïe (espoir d’échapper aux jugements de Dieu ; comp. Ps 10.6).

Verset 4. les paroles de sa bouche sont injustice et fourberie ; il a renoncé à être sage et à faire le bien ;

Être sage. Comp. Ps 14.2.

Verset 5. sur sa couche il médite l’injustice ; il se tient sur le chemin qui n’est pas bon ; ce qui est mal, il ne le rejette point.

Sur sa couche. Comp. Ps 4.5.

Verset 6. Éternel, ton amour s’élève jusques aux cieux, ta fidélité jusques aux nues!

« Il faut prendre garde que nos sens ne s’arrêtent trop au spectacle de la méchanceté des hommes qui bouleversent tout dans le monde ; il ne faut jamais perdre de vue la Providence cachée de Dieu » (Calvin). Il est des temps où il est difficile de ne pas perdre courage à la vue du mal qui règne dans le monde.

Verset 7. Ta justice est semblable aux montagnes de Dieu, tes jugements sont un abîme profond : tu conserves les hommes et les bêtes, ô Éternel!

Le poète sacré appelle les plus hautes montagnes montagnes de Dieu, de même que les cèdres les plus magnifiques sont appelés : les cèdres de Dieu. Ps 80.11. — Les jugements de Dieu sont les manifestations de sa justice. Ils sont comparés à un abîme à cause des effets qu’ils produisent ; c’est dans le même sens que la justice de Dieu est comparée aux plus hautes montagnes. « Bien que les crimes des hommes forment un grand abîme, cependant l’abîme de la Providence de Dieu est plus grand encore. Toutes les fois donc que notre foi vient à chanceler, souvenons-nous que l’abîme des jugements de Dieu remplit les cieux et la terre et qu’il doit engloutir tous nos soucis et toutes nos peines » (Calvin). — Le psalmiste parle du soin que Dieu prend des bêtes, pour donner à entendre qu’à plus forte raison il doit pourvoir aux besoins de l’homme, créé à son image. Considérez les oiseaux du ciel que votre Père céleste nourrit. Mt 6.26.

Verset 8. Que ton amour est précieux, ô Dieu! Les enfants des hommes se réfugient à l’ombre de tes ailes.

A l’ombre de tes ailes. Comp. Ps 17.8. — « Si Dieu ne tenait pas les méchants en bride, dit Richter, on verrait bien tôt en tous lieux des désordres semblables à ceux de la Révolution française. »

Verset 9. Ils se repaissent de la graisse de ta maison, et tu les abreuves au fleuve de tes délices.

Les biens que Dieu accorde aux fidèles sont fréquemment représentés sous l’image d’un festin. Comp. Ps 23.5 ; Es 55.1-2. Le psalmiste veut probablement parler à la fois de biens spirituels et de biens temporels, mais surtout des premiers. Ces biens sont appelés les biens de la maison de l’Éternel, parce que, ainsi que nous l’avons déjà vu dans d’autres passages, la maison de Dieu et la montagne de Sion étaient considérées comme des lieux où Dieu manifestait sa présence d’une façon particulière. Comp. Ps 15.1, 23.6, 24.3, 27.4-5, 65.5. — L’image d’un fleuve pour représenter le bonheur des justes, se retrouve dans Es 43.20, 48.18 ; Jn 7.38 ; Ap 22.1.

Verset 10. Car c’est chez toi qu’est la source de la vie, et c’est dans ta lumière que nous voyons la lumière!

Comme la prospérité est quelquefois comparée à la lumière, il y a des commentateurs qui s’arrêtent à l’idée d’une prospérité temporelle, qui est la conséquence de la faveur de Dieu. Mais si nous rapprochons ce verset de beaucoup d’autres passages de l’Ancien et surtout du Nouveau Testament, nous ne pourrons pas douter que le psalmiste, en employant les expressions vie et lumière, n’ait eu en vue principalement des grâces qui se rapportent à l’état de l’âme, à l’homme intérieur, et qui, déjà accordées au fidèle ici-bas dans une certaine mesure, se développeront et s’accroîtront pendant toute l’éternité, cette vie spirituelle, sans laquelle tout enfant d’Adam demeure mort dans ses péchés (Ps 34.13 ; Dt 30.20 ; Ep 2.1-6 ; Jn 10.10), cette lumière qui nous est communiquée par la parole de Dieu et par son Esprit. Ps 19.9, 119.105 ; Ep 1.17-18. Il se pourrait même que ce passage eût un caractère prophétique et qu’il se rapportât à Celui en la personne duquel la vie et la lumière sont apparues sur la terre. Jean 1.4,9, 8.12.

Versets 11-12. Conserve ton amour à ceux qui te connaissent, et ta justice à ceux qui ont le cœur droit! Que le pied de l’orgueil ne m’atteigne pas, et que la main des méchants ne me mette pas en fuite!

« Il faut remarquer les épithètes que le psalmiste donne aux fidèles. Elles nous apprennent d’un côté que la vraie piété a sa source dans la connaissance de Dieu, de l’autre qu’il est impossible que la lumière de la foi ne produise pas la droiture de cœur » (Calvin).

Verset 13. Les voilà tombés, les ouvriers d’iniquité! Ils sont terrassés et ne peuvent se relever.

« Bien que la ruine des méchants soit cachée, il la montre en quelque sorte du doigt » (Calvin). Comp. Ps 14.5. « La foi est une représentation des choses qu’on ne voit point. Elle nous transporte à la fin des temps. Elle nous montre l’Éternel assis sur le trône du jugement et l’empire du péché détruit pour ne plus se relever » (Home).

Pasteur Armand de Mestral, Commentaire sur le livre des Psaumes, p. 261-265

 


[1] Ce mot (neum) est le participe passif d’un verbe qui signifie dire, parler.

[2] La traduction que nous donnons de ce difficile passage est celle qui nous parait s’accorder le mieux avec les usages de la langue ; c’est celle des rabbins Jarchi et Abenesra et d’Hengstenberg parmi les modernes. Celle des Septante et de plusieurs anciennes versions substitue le pronom de la troisième personne à celui de la première dans le dernier mot de la phrase : Le méchant prononce en lui-même qu’il veut pécher. Les versions anglaise et hollandaise lient le second membre du verset au premier : La rébellion du méchant dit dans mon cœur qu’il n’y a point de crainte de Dieu devant ses yeux. Mais la préposition hébraïque qui se trouve devant le mot méchant indique plus souvent le datif que le génitif. La traduction qui nous parait s’écarter le plus du texte, parce que, outre qu’elle change le pronom, elle omet entièrement le mot que les autres rendent par oracle ou par le verbe dire, est celle de M. Perret-Gentil : L’impie a le péché au dedans de son cœur.

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Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).

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