Commentaire sur le Psaume 24

Pour David ; Psaume.

  1. À l’Éternel est la terre, avec ce qu’elle renferme, le monde, avec ceux qui l’habitent.
  2. Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers, et qui l’a affermie sur les fleuves!

 

  1. Qui pourra monter à la montagne de l’Éternel, et qui subsistera dans le lieu de sa sainteté?
  2. Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur, qui ne prend pas son âme en vain, et qui ne jure point pour tromper.
  3. Il remportera la bénédiction d’auprès de l’Éternel, et la justice d’auprès du Dieu de son salut.
  4. C’est la génération qui s’enquiert de Lui, ce sont ceux qui cherchent ta face, c’est Jacob. (Sélah.)

 

  1. Portes! levez vos têtes! Portes éternelles, exhaussez-vous! et le Roi de gloire entrera.
  2. Qui est-il ce Roi de gloire? C’est l’Éternel, le fort et le puissant, l’Éternel, puissant dans le combat!

 

  1. Portes! levez vos têtes! Portes éternelles! levez-les! et le Roi de gloire entrera.
  2. Qui est-il ce Roi de gloire? C’est l’Éternel des armées. C’est lui qui est le Roi de gloire! (Sélah.)

 

Les commentateurs modernes disent que ce Psaume fut composé à l’occasion de l’arrivée de l’arche à Jérusalem (2 S 6.4-17) ; mais l’expression de portes qui y revient plusieurs fois conviendrait mieux pour désigner l’entrée du temple que celle du tabernacle ; aussi nous préférons l’explication des rabbins qui pensent que David écrivit ce beau cantique après avoir reçu de la bouche du prophète Gad une révélation au sujet de l’emplacement du temple qu’il s’était proposé de construire, mais qui ne le fut que par Salomon, son successeur. 1 Ch 21.18, 22.1 ; 2Ch 3.1. Quoi qu’il en soit, le psalmiste célèbre la grâce immense que Dieu accorde à son peuple en venant habiter au milieu de lui d’une façon particulière et donner des signes de sa présence dans le sanctuaire qui lui avait été érigé ; en même temps il rappelle que l’on ne saurait jouir de cette communion avec Dieu si l’on ne montre pas par une vie sainte que l’on appartient à son peuple (vérité qui fait le sujet du Ps 15).

Mais ce Psaume ne se rapporte pas seulement aux circonstances historiques particulières qui ont pu en provoquer la composition. Bien qu’il ne soit pas cité dans le Nouveau Testament, nous ne pouvons guères douter que l’Esprit qui « poussait » David n’ait mis dans sa bouche des paroles prophétiques qui se sont accomplies toutes les fois que Dieu a manifesté sa présence au milieu de son peuple par quelque dispensation éclatante, notamment lors de l’apparition du Fils de Dieu dans le second temple pendant les jours de sa chair et lors de son entrée dans le sanctuaire céleste dont le terrestre n’était qu’une ombre (Hé 9.11,12,14) ; c’est pourquoi ce Psaume se lit dans l’Église anglicane le jour de l’Ascension. Enfin c’est surtout lors de son second avènement que le Messie apparaîtra comme le Roi de gloire et que tous les cœurs des fidèles battront de joie en le voyant approcher, porté sur les nuées avec une grande puissance et une grande gloire. Za 14.9 ; Ap 11.15.

On peut distinguer quatre strophes, qui étaient probablement destinées à être chantées par des chœurs qui s’entre-répondaient. Dans la première, le psalmiste célèbre la puissance de Dieu qui se montre avec tant d’éclat dans l’œuvre de la création, et cela afin de faire ressortir la condescendance avec laquelle un Être si grand et si glorieux daigne venir habiter au milieu des hommes. Comp. Dt 10.14-16 (1-2). Dans la seconde, il rappelle les conditions qu’il faut remplir pour jouir de cette bienfaisante présence (3-6). Dans la troisième et la quatrième, qui sont presque identiques, il annonce l’arrivée de l’Éternel dans son sanctuaire (7-10).

Versets 1-2. À l’Éternel est la terre, avec ce qu’elle renferme, le monde, avec ceux qui l’habitent. Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers, et qui l’a affermie sur les fleuves!

Pour le fidèle qui a appris à connaître Dieu comme un père et qui se confie en lui, l’idée que la terre entière appartient à l’Éternel, est très douce : en quelque lieu qu’il se trouve, il se sent chez son père ; dans toutes les créatures qu’il admire ou dont il jouit, il reconnaît la main de son père céleste, et par cette pensée, toutes ses jouissances sont à la fois doublées et sanctifiées. Mais n’oublions pas que, si déjà nous appartenons à Dieu en vertu de la création, nous sommes devenus d’une façon particulière sa propriété par la rédemption, et que nous devons, en nous conduisant nous-mêmes comme il convient à ses rachetés, faire des efforts sérieux et soutenus pour l’avancement de son règne sur cette terre qui doit lui appartenir un jour tout entière. « Vous n’êtes point à vous-mêmes, car vous avez été rachetés par prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui appartiennent à Dieu. » 1 Co 6.19-20. — Quand le psalmiste dit que Dieu a fondé la terre sur les mers et qu’il l’a affermie, il fait allusion au récit de la création et à la puissance que Dieu a déployée lorsqu’il a élevé les continents au-dessus des eaux et qu’il déploie tous les jours en empêchant qu’ils ne soient engloutis par les mers et les fleuves. Comp. Gn 1.2,9,10 ; Jb 38.8-11 ; Ps 104.5, 136.6 ; 2 Pi 3.5.

Verset 3. Qui pourra monter à la montagne de l’Éternel, et qui subsistera dans le lieu de sa sainteté?

Voyez l’explication de Ps 15.1.

Verset 4. Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur, qui ne prend pas son âme en vain, et qui ne jure point pour tromper.

La réponse à cette question est toute semblable à celle qui est donnée Ps 15.2-6. — « Les mains innocentes » (1 Tm 2.8) et « le cœur pur » (Mt 5.8) constituent par leur réunion le portrait moral du fidèle. — Dans le second membre du verset le pronom son se rapporte à Dieu et l’expression prendre l’âme de Dieu en vain paraît avoir le même sens que celle qui est plus usitée : prendre le nom de Dieu en vain. Ex 20.7. Dans quelques passages il est dit de Dieu lui-même qu’il jure par son âme (Jr 51.14 ; Am 6.8). Cette explication qui est donnée par les rabbins et par Rosenmuller nous paraît plus naturelle que celle des commentateurs modernes qui rapportent le pronom au fidèle et qui traduisent : qui ne porte pas son âme vers la vanité (ou le mensonge).

Verset 5. Il remportera la bénédiction d’auprès de l’Éternel, et la justice d’auprès du Dieu de son salut.

Le mot « bénédiction » a un sens assez étendu, cependant la pensée des Israélites fidèles devait se porter principalement sur la grande bénédiction, la bénédiction par excellence, qui avait été promise à Abraham. Gn 12.3. Comp. Ep 1.3. — La « justice » est celle qui vient de Dieu, celle qu’il donne aux fidèles, quand il les considère et les traite comme s’ils étaient justes. Comp. Gn 15.6 ; Rm 3.22-24.

Verset 6. C’est la génération qui s’enquiert de Lui, ce sont ceux qui cherchent ta face, c’est Jacob. (Sélah.)

« Chercher Dieu, s’enquérir de lui. » Voyez Ps 9.11,13, 14.2. — « C’est Jacob, » c’est à dire, ce sont les vrais enfants de Jacob, les vrais Israélites. Jn 1.48 ; Rm 9.6. — Les anciennes traductions portent : « ce sont ceux qui cherchent ta face, Dieu de Jacob » mais il faut alors sous-entendre un mot.

Verset 7. Portes! levez vos têtes! Portes éternelles, exhaussez-vous! et le Roi de gloire entrera.

Le psalmiste s’adresse aux portes du sanctuaire et les invite à s’élargir pour donner passage à Celui qui vient habiter au milieu de son peuple. Cette invitation, on le comprend, s’adresse moins aux portes matérielles qu’à celles des cœurs des fidèles où doit se préparer pour le Seigneur une demeure digne de lui. Comp. Ap 3.20. — Ces portes sont appelées portes éternelles, pour exprimer la conviction du prophète que le sanctuaire auquel elles appartenaient aurait une durée éternelle, ce qui était vrai, non pas sans doute de l’édifice de bois et de pierre, mais de l’édifice invisible dont le temple visible était le symbole, savoir le corps des vrais adorateurs de Dieu, chez lesquels il devait faire sa demeure et manifester sa glorieuse présence de siècle en siècle. Comp. 1 R 8.13 ; Mt 18.20, 28.20.

Verset 8. Qui est-il ce Roi de gloire? C’est l’Éternel, le fort et le puissant, l’Éternel, puissant dans le combat!

« Qui est-il ce Roi de gloire? » Question destinée à fixer l’attention des fidèles sur les bénédictions attachées à la présence de Dieu au milieu de son peuple et dans le sanctuaire. Horne suppose que ces paroles sont prononcées par des chœurs d’anges qui s’entre-répondent en voyant le Messie entrer dans le sanctuaire céleste après avoir accompli l’œuvre de la rédemption. — Les expressions fort, puissant, combat se rapportent probablement aux victoires que le peuple d’Israël avait remportées par le secours de Dieu, mais surtout à celles que le Messie devait remporter déjà lors de sa première venue (sur le péché, Satan et la mort), à celles qu’il remporte tous les jours sur les âmes, par la prédication de l’Évangile, enfin à celles qui accompagneront son glorieux retour. Ps 2.9, 110.1-2. Le Messie est aussi appelé « le Fort, le Puissant. » Es 9.6.

Verset 9. Portes! levez vos têtes! Portes éternelles! levez-les! et le Roi de gloire entrera.

Répétition destinée à faire bien sentir la condescendance infinie de Celui qui va arriver dans son sanctuaire et les grâces qui découlent de sa présence.

Verset 10. Qui est-il ce Roi de gloire? C’est l’Éternel des armées. C’est lui qui est le Roi de gloire! (Sélah.)

Nous rencontrons ici l’expression l’Éternel des armées (Jehova tzevaot) qui est fréquente dans l’Ancien Testament (2 S 6.18 ; Ps 46.8,12 ; Es 6.3, etc., etc.), et qui paraît se rapporter à l’empire que Dieu exerce sur les intelligences célestes, sur les anges, qui se comptent par milliers et qui forment ainsi une immense armée. Comp. 1 R 22.19 ; 2 R 2.12, 6.17 ; Ps 103.22, 148.2 ; Ap 5.11. C’est encore un trait destiné aussi bien que l’idée de la création rappelée au commencement de ce Psaume, à faire ressortir la bonté de ce Dieu si grand qui avait daigné se choisir une demeure au milieu du peuple d’Israël. Selon quelques commentateurs ce nom se rapporte à l’armée des astres (Es 40.26), dont Dieu est le créateur et le maître. Mais il nous paraît probable que l’Esprit Saint a eu plutôt en vue la domination que Dieu exerce sur des créatures d’un ordre supérieur.

Pasteur Armand de Mestral, Commentaire sur le livre des Psaumes, p. 204-209

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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église évangélique de St-Jérôme, une assemblée de confession réformée baptiste. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).

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