Commentaire sur le Psaume 2

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  1. Pourquoi les nations sont-elles en rumeur, et les peuples méditent-ils une chose vaine?
  2. Pourquoi se soulèvent les rois de la terre, et les princes consultent-ils ensemble, contre l’Éternel et contre son Oint?
  3. Rompons leurs liens et jetons loin de nous leurs cordes!
  1. Celui qui siège dans les cieux se rira d’eux ; le Seigneur se raillera d’eux.
  2. Alors il leur parlera dans sa colère et les épouvantera dans son ardent courroux.
  3. Et moi, j’ai sacré mon Roi sur Sion, la montagne de ma sainteté.
  1. Je veux publier le décret : L’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui.
  2. Demande-moi et je te donnerai pour ton héritage les nations, et pour ta propriété les extrémités de la terre.
  3. Tu les briseras avec un sceptre de fer, tu les mettras en pièces comme un vase de potier.
  1. Maintenant donc, ô rois, devenez sages ; juges de la terre, recevez la correction!
  2. Servez l’Éternel avec crainte, réjouissez-vous avec tremblement!
  3. Baisez le Fils, de peur qu’il ne se courrouce et que vous ne périssiez dans la voie ; car, encore un peu de temps, et sa colère s’embrasera. Heureux tous ceux qui se réfugient en Lui!

 

Si le Psaume 1er nous rappelle déjà le fait de l’existence sur la terre de deux peuples profondément distincts, le second nous annonce que la lutte qui a existé entre eux dès le commencement pourra prendre de très vastes proportions ; mais en même temps il nous garantit que la victoire restera au royaume de Dieu.

Le psalmiste nous représente des peuples nombreux soulevés contre l’Éternel et contre la personne sacrée du Roi qu’il a établi sur eux. Dès la première lecture de ce remarquable Psaume, on pressent qu’il y est question de quelque personnage bien supérieur en dignité et en puissance à David lui-même, et à tous les rois d’Israël, ses successeurs, et d’une révolte bien plus considérable que toutes celles contre lesquelles ils eurent à défendre leur trône. Aussi, parmi les Juifs, les anciens commentateurs s’accordaient à appliquer ce Psaume au Messie, et si l’opinion contraire finit par prévaloir, c’est que l’on se trouva embarrassé dans la controverse avec les chrétiens. Le rabbin Jarchi l’avoue franchement. « Nos docteurs, dit-il, ont vu dans ce Psaume le roi Messie ; mais dans le sens littéral et pour répondre aux hérétiques (c’est-à-dire aux chrétiens), il convient de l’entendre de David lui- même. » Quant aux docteurs chrétiens, le caractère messianique de ce Psaume est reconnu par plusieurs même de ceux qui appartiennent à l’école rationaliste, comme Berchtold et Eichhorn, d’autres persistent à ne pas l’admettre, ainsi de Wette, Ewald, Hitzig, selon leur habitude de placer leur orgueilleuse raison au-dessus des Saintes-Écritures, comme au-dessus du témoignage de l’Église universelle. Ces derniers ne sont pas même parvenus à se mettre d’accord entre eux ; Ewald applique ce Psaume à Salomon, de Wette à l’un de ses successeurs.

Quant à nous, la question nous paraît tranchée du moment que l’on croit à la divine autorité du Nouveau Testament. Les chrétiens de Jérusalem reconnurent l’accomplissement de ce Psaume dans la première persécution à laquelle ils se trouvèrent exposés : « Tu as dit par la bouche de David, ton serviteur : Pourquoi les nations se sont-elles émues et les peuples ont-ils projeté des choses vaines? Les rois de la terre se sont trouvés en personne et les princes se sont joints ensemble contre le Seigneur et contre son Christ. En effet, Hérode et Ponce-Pilate avec les Gentils et les peuples d’Israël se sont assemblés contre ton saint fils Jésus que tu as oint. » Ac 4.25-27. St-Paul, dans sa prédication à Antioche, déclare « que Dieu a suscité Jésus selon qu’il est écrit, au Psaume II : Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » Ac 13.33. Notre Psaume est encore cité comme messianique dans Hébreux 1.5, 5.5.

Nous pouvons donc poser en fait que ce Psaume est un Psaume prophétique composé par David sous l’influence de l’Esprit qui lui révélait l’avenir. Mais nous pouvons très bien supposer que l’occasion lui en fut suggérée par quelque circonstance de sa propre histoire, par exemple, par l’entreprise des Philistins qui est mentionnée dans 2 Sam 5.17. « Quand les Philistins eurent appris qu’on avait oint David pour roi sur Israël, ils montèrent tous pour chercher David. »

Ce Psaume a commencé à s’accomplir lors de la première venue de notre Sauveur, ainsi que nous venons de le voir, mais ces luttes et ces victoires se reproduisent de siècle en siècle sous toutes sortes de formes. Les armes que le monde emploie contre l’Église sont très diverses. Tantôt ce sont les glaives, les bûchers, la calomnie, tantôt la ruse et la flatterie, tantôt c’est une science faussement ainsi nommée. La lutte se ranime toutes les fois qu’il s’opère quelque réveil, quelque mouvement religieux un peu considérable, toutes les fois qu’une vérité méconnue pendant quelque temps vient à reprendre ses droits. De nos jours, les coups sont dirigés principalement contre l’indépendance spirituelle de l’Église et de ses ministres, et les Églises protestantes fidèles s’y trouvent exposées non moins que l’Église catholique et ses institutions. C’est toujours à la souveraineté de notre Seigneur Jésus-Christ que le monde en veut. « Nous ne voulons pas (disent les rebelles) que celui-ci règne sur nous. » Luc 19.14. « Le monde se remue partout où le trône du Christ se dresse » (Calvin). Aussi ce Psaume a sans doute contribué à soutenir et à consoler les fidèles de tous les temps, les martyrs, les défenseurs de la vérité dans leurs luttes contre les puissants de ce monde, et chaque jour nous avons l’occasion de nous rappeler ces précieuses promesses quand nous voyons le royaume de Dieu et la pure doctrine évangélique rencontrer tant d’opposition de la part des gouvernements de la terre et souvent jusque dans le sein de nos propres familles. Enfin le Psaume 2 doit s’accomplir encore une fois lors de cette gigantesque révolte des peuples contre l’Éternel et contre son Oint, que nous avons à attendre d’après les prophéties de l’Ancien et du Nouveau Testament (2 Th 2.3) et qui doit être suivie d’une nouvelle victoire du Messie sur ses adversaires. Il trouvera un dernier accomplissement dans ce nouveau déchaînement des peuples, entre lesquels se distingueront Gog et Magog, qui doit avoir lieu au bout des mille ans du règne glorieux de notre Seigneur sur la terre ; après quoi viendront la résurrection générale et le jugement dernier (Ez 38, 39 ; Ap 20.7-10).

Ce Psaume se divise en quatre strophes distinctement marquées, de trois versets chacune. La première est un tableau de la révolte ; la seconde fait ressortir l’impuissance des efforts qui sont dirigés contre l’Éternel et contre ses immuables desseins ; dans la troisième c’est le Messie qui parle lui-même, il proclame l’autorité dont il a été investi par la volonté du Père. La quatrième renferme la conclusion pratique du Psaume, une exhortation à la soumission que le psalmiste adresse aux conducteurs des peuples et en leur personne à tous les rebelles.

Verset 1. Pourquoi les nations sont-elles en rumeur, et les peuples méditent-ils une chose vaine?

Il semble qu’on entend les cris des rebelles, le frémissement d’une multitude impatiente, les blasphèmes des impies. — Les expressions pourquoi et choses vaines sont le langage de la foi. Il est des temps où les adversaires du Christ se montrent sous un aspect si formidable, qu’il faut un degré de foi peu ordinaire pour affirmer que leurs entreprises demeureront sans résultat.

Verset 2. Pourquoi se soulèvent les rois de la terre, et les princes consultent-ils ensemble, contre l’Éternel et contre son Oint?

L’inimitié contre Dieu et contre sa parole se trouve dans toutes les classes de la société, mais l’impulsion est donnée le plus souvent par les princes, les riches et les puissants de ce monde, parce que leurs desseins ambitieux et égoïstes se trouvent en opposition avec l’Évangile. — Les mots : Ils consultent ensemble, caractérisent bien les combinaisons habiles en apparence de la politique anti-chrétienne. — Comme c’est en la personne de Jésus-Christ que Dieu s’est révélé au monde et que c’est à lui qu’il a remis le royaume, faire la guerre à Jésus-Christ, c’est la faire à Dieu lui-même. « Celui qui n’honore point le Fils, n’honore point le Père qui l’a envoyé. » Jean 5.23. — Jésus-Christ est appelé l’Oint de l’Éternel, parce que c’est lui qui est le roi par excellence, le Roi des rois. On sait que la dignité royale était conférée aux Rois d’Israël par le moyen de l’onction d’huile, qui elle-même était un symbole de la communication des dons spirituels nécessaires pour l’exercice de la royauté. Le prophète Samuel répand la sainte huile sur la tête de Saul en lui disant : « L’Éternel t’a oint sur son héritage pour en être le conducteur. » 1 Samuel 10.1. La même cérémonie fut répétée sur la personne de David (1 S 16.13). Aussi le titre d’Oint de l’Éternel est souvent donné à Saul, à David et à leurs successeurs (1 S 24.7 ; Ps 18.51). Notre Seigneur n’a pas reçu l’onction d’huile, mais il a été revêtu de la plénitude des dons qu’elle représentait : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth » Actes 10.38. Voyez aussi Ésaïe 11.1, 2 ; Jean 3.34. Il est à remarquer que c’est le mot hébreu (Machiak) que nous traduisons par oint qui est l’origine du mot grec Messias et du mot français Messie. Quant au nom propre Christ, il est dérivé du mot grec Christos qui signifie oint et qui est employé dans les versions grecques de l’Ancien Testament pour rendre le mot hébreu Machiak. André dit à Simon : « Nous avons trouvé » le Messie, c’est-à-dire le Christ. » Jean 1.41.

Verset 3. Rompons leurs liens et jetons loin de nous leurs cordes!

« Rompons leurs liens et jetons loin de nous leurs cordes. » Ce sont les paroles qui sortent de la bouche des rebelles. Les lois de Dieu paraissent à l’homme naturel un joug insupportable, et c’est la cause principale de la guerre que l’on fait au royaume de Dieu. « On accepterait encore volontiers les doctrines, si elles n’impliquaient pas les commandements ; l’Église serait tolérée dans le monde si elle voulait renoncer à sa discipline » (dixit Horne).

Verset 4. Celui qui siège dans les cieux se rira d’eux ; le Seigneur se raillera d’eux.

Les entreprises audacieuses des impies viendront se briser contre le trône du Tout-Puissant comme les ondes contre un rocher. Quand la lutte est engagée entre la terre et le ciel, l’issue ne saurait être douteuse. « Celui qui prend soin de nous (dit Luther) demeure dans une parfaite sécurité, sans aucune crainte. Mais tout cela se fait d’une manière si secrète et si cachée que tu ne peux pas bien le reconnaître, à moins que tu ne te transportes toi-même dans le ciel. » — « Le psalmiste veut que nous sachions que Dieu n’a pas besoin de grands moyens de défense pour contenir les impies, et que ce n’est pas pour lui chose difficile, mais qu’il le fait comme en jouant. En second lieu David donne à entendre que, si Dieu permet que le Royaume de son Fils soit attaqué, ce n’est pas qu’il ne puisse porter secours ou qu’il néglige l’honneur de son Fils, mais c’est à dessein qu’il diffère la vengeance jusqu’au temps le plus convenable pour que leur fureur soit exposée à la risée. Soyons donc convaincus que, lorsque Dieu n’étend pas immédiatement sa main contre les impies, c’est pour lui le temps de rire et si alors c’est peut-être pour nous le temps de pleurer, cette pensée doit tempérer l’amertume de notre douleur » (Calvin). — Dans le second membre de ce verset, Dieu est appelé le Seigneur; le mot hébreu (Adonaï) que nous traduisons par Seigneur se rattache, selon les uns, à l’idée de régner, gouverner, selon d’autres, à l’idée de fondement.

Verset 5. Alors il leur parlera dans sa colère et les épouvantera dans son ardent courroux.

Alors désigne l’époque que Dieu a fixée pour le jugement. Il supporte pendant un certain temps les ennemis de son royaume et leur laisse le temps de s’amender, mais tôt ou tard il doit donner libre cours à sa justice. — Il leur parlera. Il s’agit du langage des faits. « Toutes les fois que Dieu défend le Royaume de son Fils contre les impies par des manifestations de son courroux, bien qu’il se taise, sa voix se fait entendre avec éclat » (Calvin). Il est évident que, lorsque la Bible nous parle de la colère de Dieu, nous devons écarter l’idée de passion, d’emportement, de mouvement désordonné qui s’y rattache ordinairement quand il s’agit de la colère des hommes. Il faut cependant prendre garde de ne pas trop affaiblir le sens de cette expression. Dieu étant un être infiniment saint, il est impossible qu’il contemple le mal avec indifférence ; la vue du péché doit lui inspirer une légitime indignation ; il ne serait pas Amour, s’il n’était pas affecté douloureusement par l’ingratitude et les transgressions de ses créatures. Si l’on perd de vue l’idée toute biblique de la colère de Dieu, on ne comprendra jamais bien la doctrine de la rédemption. Voyez Ps 50.3 ; Mt 3.7 ; Ap 6.16.

Verset 6. Et moi, j’ai sacré mon Roi sur Sion, la montagne de ma sainteté.

Réponse de l’Éternel à l’insolent défi que les impies viennent de lui adresser. Ces deux mots et moi sont d’une grande simplicité et disent cependant beaucoup de choses ; ils rappellent tout ce que Dieu est, tout ce qu’il peut et ce qu’il veut. L’Éternel appelle le Messie son roi, pour indiquer qu’il existe entre lui et ce roi une relation très intime et différente de celle qu’il soutient avec les rois de la terre auxquels il a confié le gouvernement des peuples. — La colline de Sion, la plus élevée de celles sur lesquelles Jérusalem était bâtie, avait été conquise par David sur les Jébusiens, il en avait fait sa demeure et il y avait transporté l’arche de l’alliance, qui était le symbole visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple (2 S 5.5-9, 6.12). C’est pourquoi, bien que le temple fût construit sur une autre colline, celle de Morija, ce fut la colline de Sion qui resta la plus illustre à cause des souvenirs qui s’y rattachaient. On l’appela la montagne de l’Éternel, la montagne de sa sainteté (c’est-à-dire celle où se manifestait sa sainteté), la considérant comme étant d’une façon particulière, le siège des grâces de Dieu et le centre de son Royaume (Ps 48.3, 76.3, 78.68, 87.2 ; Joël 3.17). La ville entière de Jérusalem était fréquemment appelée « la fille de Sion » ou bien Sion tout court (Es 1.8, 34.20 ; Ps 102.14, 17). Les prophètes annoncent que cette même montagne de Sion doit jouer encore un rôle considérable dans l’histoire du royaume de Dieu. Ils disent qu’elle sera le point de départ du règne du Messie et par là même un foyer de lumière pour tous les peuples (« la loi sortira de Sion » Es 2.3, 40.9), enfin que dans les derniers temps elle sera le théâtre de grandes délivrances pour le peuple de Dieu. « L’Éternel rugira de Sion et sera un asile à son peuple » Joël 3.16. Ces oracles ont commencé à s’accomplir lors de la première venue du Messie, par ses prédications, ses miracles et sa mort expiatoire dont Jérusalem fut le théâtre, enfin par la fondation de l’Église chrétienne qui eut lieu dans cette ville le jour de la Pentecôte. Mais ils doivent s’accomplir d’une manière encore plus parfaite lors de son second avènement et de la restauration du peuple d’Israël. Il n’est guère possible de déterminer maintenant si les passages du Nouveau Testament, où il est question de la montagne de Sion, doivent s’entendre à la lettre ou au sens figuré (Hé 12.22 ; Ap 14.1). — Le mot Sion paraît avoir signifié primitivement un lieu élevé, exposé au soleil.

Verset 7. Je veux publier le décret : L’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui.

Dans ce verset et les deux suivants, c’est le Messie qui parle et qui proclame ses titres et les promesses de l’Éternel qui le concernent. Le décret dont il parle est celui par lequel Dieu le Père a remis au Fils l’œuvre de la Rédemption, la charge de Médiateur et le gouvernement des nations. Le mot que nous traduisons par décret a aussi le sens de commandement ; il se peut que dans l’intention de l’Esprit-Saint ces deux sens doivent être réunis. Le décret divin concernant le salut du monde implique une invitation adressée à tous les hommes pour qu’ils acceptent le salut. « C’est ce décret immuable de Dieu qui doit soutenir notre foi au milieu des tempêtes de ce monde ; quelles que soient les machinations des hommes, il doit nous suffire de savoir qu’il n’est pas en leur pouvoir d’anéantir l’onction de Dieu » (Calvin). — Les mots : « Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui, » doivent être rapprochés des paroles qui se firent entendre lors du baptême de notre Seigneur et de sa transfiguration (Mt 3.17, 17.5). Ils expriment les rapports mystérieux qui existent entre deux des personnes de la Sainte Trinité, et ils sont cités dans le Nouveau Testament comme une preuve de la divinité du Fils, de sa supériorité sur toutes les créatures : « Auquel des anges a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » Hé 1.5. Voyez aussi Hé 1.3, 5.5 ; Col 1.15 ; Jn 1.1,2. Le mot aujourd’hui ne doit donc pas indiquer quelque moment particulier dans lequel le Fils aurait commencé à exister ou à posséder la nature divine, ni même celui dans lequel il a été manifesté au monde comme Fils de Dieu et Sauveur ; il énonce un fait, l’union qui subsiste de toute éternité entre le Père et le Fils. « Aujourd’hui indique le temps présent ; or, dans l’éternité, il n’y a rien qui soit passé comme ayant cessé d’exister, ni rien qui soit futur comme n’étant pas encore ; mais tout est présent, car ce qui est éternel est de tout temps » (St-Augustin). Comparez 2 Pierre 3.18.

Verset 8. Demande-moi et je te donnerai pour ton héritage les nations, et pour ta propriété les extrémités de la terre.

Le Messie était Fils de Dieu et Roi de toute éternité, mais sa domination sur les nations est un fait qui a ses commencements et ses progrès dans le temps. L’histoire de l’Église et celle des missions nous montrent comment un nombre déjà assez considérable de nations ont été soumises au gouvernement du Messie, mais pour que cet oracle s’accomplisse entièrement, il faut que toute résistance ait été surmontée et que la domination du Seigneur Jésus soit devenue à la fois plus réelle au milieu des nations déjà chrétiennes et plus générale, et c’est un résultat que nous pouvons hâter par nos prières et notre activité chrétienne (Ps 72.8-11 ; Ap 11.15). — L’expression « demande-moi » comprend les prières de notre Seigneur sur la terre, son intercession dans le ciel et probablement aussi ses souffrances volontaires, dont sa glorification est la récompense (Jn 17.5 ; Ph 2.6-11).

Verset 9. Tu les briseras avec un sceptre de fer, tu les mettras en pièces comme un vase de potier.

Tu les briseras avec un sceptre de fer. Les Septante qui traduisent : Tu les paîtras (c’est-à-dire gouverneras) avec un sceptre de fer, ont peut-être confondu le verbe hébreu avec un autre qui lui ressemble. Dans quelques passages du Nouveau Testament qui paraissent faire allusion à notre Psaume (Ap 2.27, 12.5, 19.15), l’auteur a suivi cette version qui était généralement usitée de son temps. Remarquons une fois pour toutes que notre Seigneur et ses Apôtres ont conservé la traduction donnée par les Septante lors même qu’elle s’écartait un peu du texte hébreu, dans les cas où cette traduction laissait subsister l’idée essentielle que le Saint-Esprit avait voulu exprimer. — On est surpris de ces expressions qui semblent ne pas convenir au règne de Jésus-Christ et on y a vu une objection contre l’application de ce Psaume au Messie. Cette objection disparaît si on a soin de distinguer les temps. Le Nouveau Testament, en même temps qu’il nous représente Jésus comme doux et humble de cœur, allant à la boucherie comme une brebis muette, ne manque pas de nous avertir que le temps viendra où il exercera des jugements terribles sur ceux qui n’auront pas voulu le recevoir comme Sauveur. Il nous parle de la colère de l’agneau (Ap 6.16-17) ; il nous annonce ce jour redoutable où le Seigneur Jésus viendra du ciel avec les anges de sa puissance, avec des flammes de feu, exerçant la vengeance (2 Th 1.7-8. Voyez aussi Mt 25.41 ; Ap 2.27, 19.15-21). — L’image du vase de potier mis en pièces fait sentir l’inutilité de la résistance de la part des rebelles et la parfaite souveraineté du Créateur sur ses créatures (Es 30.14 ; Jr 19.11).

Verset 10. Maintenant donc, ô rois, devenez sages ; juges de la terre, recevez la correction!

Le psalmiste reprend la parole et tire les conséquences de la vérité qu’il vient d’établir. Son exhortation est adressée à ceux qui se trouvent à la tête des peuples rebelles, mais elle doit être prise en considération par tous les hommes, petits et grands. « Bien que les princes de la terre se vantent de leur pénétration, sachons qu’ils sont entièrement insensés aussi longtemps qu’ils ne sont pas devenus d’humbles disciples de Christ » (Calvin).

Verset 11. Servez l’Éternel avec crainte, réjouissez-vous avec tremblement!

Il dit : « Réjouissez-vous : afin que le service auquel il les appelle ne soit pas pénible, mais doux » (Calvin). « Il a bien raison de dire : Réjouissez-vous, mais il ajoute : avec tremblement, de peur que cette joie ne dégénère en légèreté » (St‑Augustin). Ces deux sentiments, la joie et la crainte, doivent toujours habiter ensemble dans le cœur du fidèle et se tempérer l’un par l’autre.

Verset 12. Baisez le Fils, de peur qu’il ne se courrouce et que vous ne périssiez dans la voie ; car, encore un peu de temps, et sa colère s’embrasera. Heureux tous ceux qui se réfugient en Lui!

Baiser était chez les Juifs un signe de respect et d’affection (1 S 10.1 ; Lc 7.38). Notre Seigneur n’étant plus sur la terre en personne, c’est l’hommage de nos cœurs et de nos vies qu’il attend de nous, et pour cela il faut saisir le temps favorable, il ne faut pas s’endormir dans une funeste sécurité, il ne faut pas attendre que le sceptre de fer soit levé sur nous pour nous briser. — Encore un feu de temps. Avertissement solennel que la parole de Dieu nous fait souvent entendre et dont nous avons besoin, car nous sommes toujours disposés à nous représenter le jugement comme très éloigné (Mt 24.42 ; 1 Th 5.3 ; Hé 10.37 ; Ap 1.1). — Calvin fait remarquer que la conclusion de ce Psaume tempère ce que son contenu a de sévère et d’effrayant. Le psalmiste termine en célébrant le bonheur de ceux qui auront trouvé dans le Messie leur Roi et leur Sauveur : « Heureux tous ceux qui se réfugient en lui ! »

Pasteur Armand de Mestral, Commentaire sur le livre des Psaumes, p. 55-65

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Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).

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