Commentaire sur le Psaume 11

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  1. Pour le Maître-chantre. Pour David. En l’Éternel je me réfugie ! Comment pouvez-vous dire à mon âme : « Fuyez vers votre montagne, oiseau!
  1. Car voici, les méchants ont bandé l’arc, ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans les ténèbres, sur ceux qui sont droits de cœur.
  2. Quand les fondements sont renversés, que fait le juste? »

 

  1. L’Éternel est dans le temple de sa sainteté, l’Éternel a son trône dans les Cieux ; ses yeux considèrent, ses paupières sondent les enfants des hommes.
  2. L’Éternel sonde le juste ; mais le méchant et l’ami de la violence, son âme les hait ;
  3. il fait pleuvoir sur les méchants des filets, du feu, du soufre et un vent brûlant ; ce sera leur portion de breuvage.
  4. Car l’Éternel juste aime la justice ; c’est l’homme droit que sa face considère.

 

La plupart des commentateurs rapportent ce Psaume aux persécutions de Saül, et nous voyons David lui-même représenter, dans ce temps-là, sa triste condition sous une image toute semblable à celle qui se trouve dans le premier verset. Il se plaint de ce que le Roi d’Israël le poursuit, comme si l’on poursuivait une perdrix dans les montagnes. 1 S 26.20. Nous savons aussi par les livres historiques que, plus d’une fois, David dut chercher un refuge dans les montagnes. 1 S 23.25-28, 24.3. Il est vrai que, dans ce Psaume, David repousse le conseil de chercher son salut dans la fuite, qui lui était donné probablement par des amis timides, découragés et manquant de foi. Mais on peut supposer que ce conseil lui fut donné dans des circonstances où il n’aurait pas pu le suivre sans manquer à quelques-uns de ses devoirs et où il eût paru abandonner ses droits, désespérer de sa cause et mettre sa confiance dans un moyen tout humain au lieu d’attendre sa délivrance de Dieu lui-même. Il est des circonstances où il est permis au fidèle de se servir des moyens humains (la fuite, etc.) pour protéger sa vie, ses biens, ses droits, sa famille ; il en est d’autres où il ne pourrait pas le faire sans infidélité. « Souvent David fut réduit à se chercher une retraite ; mais toujours il demeura ferme dans la foi, jamais il ne se sépara du peuple de Dieu, jamais il ne se détacha du corps de l’Église » (Calvin).

C’est encore à Calvin que nous emprunterons ce que nous avons à dire sur l’usage que nous pouvons faire de ce beau Psaume. « Nous y apprenons que bien que le monde nous tourmente, nous devons demeurer toujours à notre poste, de peur de perdre notre droit aux promesses de Dieu. » Écoutons aussi Rieger : « Quand on est dans la détresse, c’est faire preuve d’une véritable confiance en Dieu, que de ne pas saisir les premiers moyens qui se présentent pour en sortir, mais de choisir seulement ceux qui peuvent être conformes à la volonté de Dieu. Oui, il faut de la foi pour savoir ainsi renoncer à soi-même et pour mettre sa confiance en Dieu sans aucun partage. »

Ce Psaume a, comme les précédents, un caractère prophétique, et il y a lieu de croire qu’en parlant d’une époque où les fondements sont renversés, le Saint-Esprit a voulu dépeindre plus particulièrement la terrible perturbation qui aura lieu lors de l’apparition de l’Homme de péché. Mais il est bien propre à soutenir notre foi déjà de nos jours, quand nous voyons les bases sur lesquelles reposent la société, la propriété, la famille, si fort ébranlées et une si grande anarchie jusque dans le monde religieux. Aussi ce n’est pas sans raison que St-Augustin invitait les fidèles de son temps à opposer aux sollicitations des Donatistes qui voulaient les porter à fuir, c’est-à-dire à se détacher de la communion de l’Église catholique, leur mère spirituelle, cette parole de David : En l’Éternel je me réfugie.

On distingue aisément deux strophes : les conseils des timides (1-3), la réponse de la foi (4-7).

Verset 1. Pour le Maître-chantre. Pour David. En l’Éternel je me réfugie ! Comment pouvez-vous dire à mon âme : « Fuyez vers votre montagne, oiseau!

En l’Éternel je me réfugie. L’état d’âme habituel de David était un état de confiance en Dieu, aussi ne pouvait-il point être ébranlé lorsqu’il survenait quelque danger. Ce mot comment exprime à la fois la surprise, la douleur, l’indignation. Il nous rappelle cette parole de Joseph : « Comment ferais-je un si grand mal et pécherais-je contre Dieu! » Genèse 39.9. L’enfant de Dieu ne peut qu’être affligé en voyant le découragement, l’impatience, le murmure chez ceux qui l’entourent. Le psalmiste ne dit pas simplement : Comment pouvez-vous dire? il dit : Comment pouvez-vous dire à mon âme, pour marquer (comme l’observe Calvin), que ces paroles de ses timides amis lui allaient jusqu’au fond de l’âme (Voyez l’explication du Ps 3.3). Le verbe fuir est au pluriel, parce que le conseil des timides s’adressait à la fois à David et au parti qui lui était resté fidèle. Cette image d’un oiseau poursuivi par les chasseurs se retrouve dans Lm 3.52.

Verset 2. Car voici, les méchants ont bandé l’arc, ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans les ténèbres, sur ceux qui sont droits de cœur.

Ce verset et le suivant contiennent la suite du discours des gens de petite foi, les arguments par lesquels ils engagent David à chercher son salut dans la fuite. Les méchants ont bandé l’arc. Même image que dans Ps 7.13.

Verset 3. Quand les fondements sont renversés, que fait le juste? »

Les fondements sont renversés dans un pays, lorsque, comme c’était le cas du temps de Saül, les princes et les magistrats emploient pour le mal l’autorité dont ils sont revêtus. La même image se trouve Ps 82.5. Que fait le juste? (c’est-à-dire : que peut-il faire?) Il est des temps où la société est tellement malade qu’il peut sembler que tous les efforts des gens de bien seront impuissants pour arrêter le torrent dévastateur. Cependant il ne faut pas que les justes eux-mêmes se laissent aller au découragement comme s’il ne leur restait plus qu’à croiser les bras. « Tout n’est jamais perdu aussi longtemps qu’il reste un seul juste pour rendre témoignage » (Horne).

Verset 4. L’Éternel est dans le temple de sa sainteté, l’Éternel a son trône dans les Cieux ; ses yeux considèrent, ses paupières sondent les enfants des hommes.

Dans la plupart des cas, le temple de l’Éternel (voyez Ps 5.8) désigne le sanctuaire terrestre, mais dans d’autres passages (voyez Ps 18.7) il représente le sanctuaire céleste, dont le terrestre était un type. Le contexte et le parallélisme (avec cieux) indiquent qu’il s’agit ici du second sens. — L’Éternel a son trône dans les cieux. « Si David avait tenu ses regards fixés sur les choses terrestres et visibles, il n’aurait point trouvé d’issue. Mais il était bien convaincu que, bien que sur la terre la justice et la bonne foi eussent alors succombé, dans le ciel tout était intact, et que c’est de là que viendrait la restauration » (Calvin). Comp. Ps 2.4. Non-seulement Dieu est au ciel, mais il n’y est pas oisif, ses yeux considèrent, etc.

Verset 5. L’Éternel sonde le juste ; mais le méchant et l’ami de la violence, son âme les hait ;

Le fait que Dieu sonde les justes (comp. Ps 7.10) implique qu’il les aime, qu’il les approuve. Aussi quand ils sont affligés, persécutés, ne doivent-ils point cesser de croire à son amour et de compter sur ses promesses. D’autre part, la prospérité dont les méchants jouissent quelquefois ne doit pas être pour eux un motif de sécurité. L’aversion de Dieu contre le péché est exprimée avec une grande force ; le psalmiste dit : son âme (c’est-à-dire ce qu’il y a en Dieu de plus personnel et de plus sensible) les hait. Voyez aussi Ps 5.5-6.

Verset 6. il fait pleuvoir sur les méchants des filets, du feu, du soufre et un vent brûlant ; ce sera leur portion de breuvage.

« La haine de Dieu ne reste pas sans effet. La vengeance, bien qu’elle semble retardée, ne manque jamais d’arriver » (Calvin). Les traits du tableau de la punition des méchants sont probablement empruntés à celui de la grande catastrophe qui enveloppa Sodome et Gomorrhe. Genèse 19.24-25. Plus d’une fois les auteurs sacrés nous représentent cet événement comme un exemple de la justice de Dieu et comme un type prophétique de jugements à venir plus terribles encore. Mt 11.23. Les mots filets, feu, soufre, vent brûlant nous rappellent ce qui est dit dans le Nouveau Testament de l’étang de feu et de soufre qui est destiné à Satan et à sa race. Ap 14.10, 19.20. Ils doivent probablement être considérés comme des images des châtiments divers que Dieu réserve aux impies ; cependant il est possible que quelques-uns de ces traits s’accomplissent à la lettre ; des souffrances physiques entreront probablement dans la part des damnés. Le vent brûlant fait sans doute allusion au vent du désert (Samoum), dont les effets sont mortels. — « Par ces mots : portion de breuvage (littéralement portion de leur coupe) le psalmiste affirme que les jugements de Dieu sont certains et bien arrêtés, quelles que puissent être les illusions que se font les méchants » (Calvin). Cette image se trouve plus d’une fois dans l’Écriture, pour représenter, soit une bonne, soit une mauvaise part. Ps 6.5, 23.5, 75.9 ; Ez 23.33-34 ; Mt 20.22, 26.39. — Morrisson fait sur ce Psaume une réflexion qui s’applique particulièrement au verset 6. « Pécheurs impénitents, lisez ce Psaume et voyez-y votre sort! Le juge est à la porte ; vous êtes sur le point d’entendre le dernier appel à la repentance ; le jugement est tout près et, par la sombre vallée de la mort, vous allez entrer dans les régions de la colère éternelle. Pécheurs! hâtez-vous donc d’embrasser la croix de Christ! »

Verset 7. Car l’Éternel juste aime la justice ; c’est l’homme droit que sa face considère.

Le verset 7 rappelle Ps 9.9. La traduction que nous donnons pour le second hémistiche et qui est préférée par Hengstenberg, Calvin, Home, Gerlach, exprime l’idée que Dieu contemple les justes avec bienveillance ; comp. Ps 1.5. Mais on peut traduire aussi « les hommes droits verront sa face. » Ce passage devrait alors être rapproché de ceux qui promettent au fidèle la vue de Dieu, la pleine jouissance de sa communion ; voyez Ps 7.15 ; Mt 5.8 ; 1 Jn 3.2.

Pasteur Armand de Mestral, Commentaire sur le livre des Psaumes, p. 117-121

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Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
2 commentaires sur “Commentaire sur le Psaume 11
  1. EST CE QUE JE PEUX METTRE SUR MON SITE LES COMMENTAIRES DES PSAUMES EN METTANT LE LIEN DE VOTRE SITE; MERCI POUR VOTRE REPONSE
    PASTEUR DANIEL MONTBULEAU

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