Question #51 – Peut-on résister à l’appel de Dieu?

Réponse: L’homme ne peut que résister à l’appel de Dieu car il est mort jusqu’à ce qu’il soit régénéré et irrésistiblement attiré à Dieu. ~ Jean 5.25

Précisons qu’il n’est pas question de n’importe quel appel de Dieu en vue d’un service quelconque, mais de l’appel au salut. Nous reviendrons sur la distinction entre l’appel général et l’appel efficace qui nous permettra d’apporter d’importantes précisions. Regardons premièrement comment le paragraphe 2 décrit ce que nous appelons parfois la grâce irrésistible de Dieu.

(Par. 2) Cet appel efficace procède de la seule grâce de Dieu, libre et spéciale, et en rien de quelque chose qui aurait été vu à l’avance en l’homme, ni d’un pouvoir ou d’une opération quelconques en la créature coopérant avec sa grâce spéciale. L’homme est entièrement passif, puisqu’il est mort dans ses péchés et dans ses transgressions, jusqu’à ce qu’il soit vivifié et renouvelé par le Saint-Esprit. Il est alors rendu capable de répondre à cet appel et d’accueillir la grâce qui y est offerte et communiquée, et cela, par une puissance non moins grande que celle qui a ressuscité Jésus d’entre les morts.

L’arminianisme explique la prédestination au salut par la prescience divine. Autrement dit, les élus sont ceux que Dieu a choisis d’avance parce qu’il a vu d’avance qu’ils accepteraient sa grâce lorsqu’elle leur serait offerte. La confession de foi rejette ce point de vue en affirmant que la conversion procède exclusivement de la libre grâce de Dieu « et en rien de quelque chose qui aurait été vu à l’avance en l’homme ».

Pourtant l’Écriture ne dit-elle pas que nous avons été « élus selon la prescience de Dieu le Père » (1 P 1.2)? Le mot prescience ne signifie pas simplement savoir d’avance, mais connaître et aimer d’avance. L’idée n’est pas que Dieu a su d’avance qui allait croire, mais plutôt qu’il fut d’avance en communion avec ceux qui allaient croire. Dieu n’a pas prédestiné ce qu’il a su d’avance, mais il a aimé ceux qu’il a choisis d’avance puisque « le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent » (2 Tm 2.19). Connaître, dans l’Écriture sainte, ne se réduit pas à savoir, mais signifie aimer ou encore être en communion (Gn 4.1 ; 1 Co 8.3 ; Ga 4.9 ; 1 Jn 3.1).

Une des raisons pour laquelle l’élection au salut est inconditionnelle est l’incapacité de l’homme déchu pour se convertir. Avant d’être régénéré pour pouvoir répondre à l’appel de Dieu, « l’homme est entièrement passif, puisqu’il est mort dans ses péchés et dans ses transgressions ». Qu’est-ce qu’un inconverti? Un inconverti est quelqu’un qui retient coupablement la vérité captive (Rm 1.18), qui ne peut rien recevoir de l’Esprit de Dieu puisqu’il considère l’Évangile comme une folie repoussante (1 Co 1.18,23, 2.14 ; 2 Co 2.16). Il est incapable d’obéir à Dieu et de croire en Lui (Rm 8.7) car il n’a pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvé (2 Th 2.10). Comment un tel homme, qui d’après le verdict des Écritures est mort dans son péché (Ep 2.1), pourrait-il se convertir ou même se préparer à la conversion?

La condition de l’homme est telle qu’il ne peut que résister à l’appel de Dieu à moins d’être efficacement appelé. La distinction entre l’appel général (externe) et l’appel efficace (interne) nous permet d’expliquer comment d’un côté il est possible de résister au Saint-Esprit (Ac 7.51 ; Mt 23.37) et comment, de l’autre côté, cela est impossible (Jn 3.8, 6.37). La régénération est comparée à une naissance irrésistible. La naissance n’est pas un acte de la volonté de celui qui est engendré, naître de Dieu non plus (Jn 1.12-13, 3.6). La confession rappelle que la régénération est non seulement une naissance, mais une résurrection (Ez 37.12-14 ; Jn 5.25 ; Ep 2.5-6) puisqu’elle s’opère « par une puissance non moins grande que celle qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » auprès de gens qui étaient morts.

Est-ce que tous ceux que Dieu appelle viennent à Lui? Si nous parlons de l’appel externe, la réponse est non, puisque Jésus dit : « il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Mt 22.14). Beaucoup de ceux qui sont appelés par Dieu ne viennent pas à Lui. Cependant, il y a d’autres passages où les appelés ne peuvent pas être définis simplement comme étant ceux qui entendent l’Évangile, mais sont nécessairement ceux qui ont été efficacement appelés par Dieu et irrésistiblement régénérés par Lui. Autrement dit, dans ces passages, appelés est synonyme de sauvés (cf. Rm 1.6, 8.28,30 ; 1 Co 1.23-24 ; Jd 1.1). La seule façon d’expliquer ces deux sortes d’appelés est la distinction entre les deux sortes d’appels : résistible et irrésistible.

Il est important de préciser que l’appel efficace produit une réponse libre et volontaire chez l’homme. L’irrésistibilité de la grâce ne signifie pas la coercition de la grâce ; la grâce irrésistible n’est pas contraignante, mais vivifiante. Tout comme l’être vivant ne peut s’empêcher de respirer, de penser et de vivre, l’homme spirituel ne peut s’empêcher de venir au Christ et d’avoir la vie éternelle. Il ne le fait pas contre sa volonté cependant, il le fait parce qu’il le veut et ne peut s’empêcher de le vouloir, Dieu ayant créé en lui ce vouloir nouveau (Ph 2.13).

La confession exprime cette vérité au paragraphe 1 en disant : « C’est cependant très librement qu’ils viennent, Dieu produisant leur vouloir par sa grâce. » Le paragraphe 2 développe davantage cette idée en présentant l’appel efficace en deux phases. Dans la première phase « l’homme est entièrement passif », puisqu’il s’agit de la vivification opérée par le Saint-Esprit. Cette régénération précède la deuxième phase dans laquelle l’homme est actif et où il est « rendu capable de répondre à cet appel et d’accueillir la grâce qui y est offerte et communiquée ». Il est donc vrai que seuls ceux qui acceptent le Seigneur en répondant à son appel sont sauvés (Jn 3.36), mais nul ne peut faire une telle chose à moins d’être efficacement appelé par le Père (Jn 6.44,65) et nul ne peut résister à un tel appel (Jn 6.37-39).

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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
3 commentaires pour “Question #51 – Peut-on résister à l’appel de Dieu?
  1. Fred BICAN dit :

    Bonjour Pascal,
    Bravo pour la limpidité de cet exposé sur l’Appel irrésistible, je l’archive avec reconnaissance parmi mes références théologiques personnelles.
    Une question-remarque concernant le paragraphe qui commente le terme de « prescience » (in 1P1:2). Ce que vous dites me semble juste.
    Mais ne pourrait-on pas (plus) simplement dire que : Qui peut le plus peut le moins ?
    Dieu nous a choisis avant la création du monde = nous a prédestinés en Jésus-Christ (Ep1:4-5). Cela inclut son indépendance absolue par rapport au temps et sa capacité de connaître parfaitement à l’avance (prescience) tout ce qu’il a prévu de mettre en oeuvre selon son plan (souveraineté). Il ne nous a pas seulement « choisis » à l’avance, Il a aussi parfaitement vu, dès avant la fondation du monde, la mise en oeuvre de son plan de salut en notre faveur. La prescience est incluse dans la Souveraineté de Dieu et complète l’Election. Elle souligne la maîtrise de Dieu qui agit à l’avance (Election) et connaît parfaitement tout avant l’accomplissement effectif de son plan (prescience).
    Qu’en pensez-vous ? Cette compréhension de « prescience » vous semble-t-elle orthodoxe ?
    Fred

    • Amen! Je ne voulais pas dire le contraire en soulignant la dimension d’amour et de communion dans le terme prescience. Je voulais surtout indiquer que le concept ne peut pas être limité à un simple savoir, mais il inclut bien entendu un savoir éternel.

  2. apinard24 dit :

    Merci Pascal. Comme le disait Luther, c’est une question « pivot » que celle du libre arbitre et de la grâce. Je renvoie, aux fins de référence et de complément, à l’émission que nous avons faite ensemble, il y a quelques années sur ce sujet: http://www.unherautdansle.net/pe10/

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