Commentaire sur le Psaume 1

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  1. Heureux l’homme qui ne marche pas suivant le conseil des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs!
  2. Mais qui, au contraire, prend son plaisir en la loi de l’Éternel, et qui médite sa loi jour et nuit!
  3. Car il est comme un arbre planté sur le bord des courants d’eau, qui donne son fruit en sa saison et dont la feuille ne se flétrit point, et tout ce qu’il fait, il le fait prospérer.
  4. Il n’en est pas ainsi des méchants : loin de là, ils sont comme la balle chassée par le vent.
  5. C’est pourquoi les méchants ne se lèveront point dans le jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes.
  6. Car l’Éternel connaît la voie des justes, mais la voie des méchants périra.

Deux images, tirées de la nature, et qui sont par leur simplicité à la portée de toutes les intelligences, nous représentent, l’une, le bonheur de celui qui a pris la parole de Dieu pour règle de sa vie et qui se préserve des souillures du monde ; l’autre, les châtiments qui attendent ceux qui vivent loin de Dieu et qui transgressent ses saintes lois.

Cette idée se trouvant reproduite sous diverses formes dans tous les Psaumes, il est naturel que celui-ci ait été placé en tête du recueil comme une sorte de sommaire. Ce Psaume se partage en deux strophes de trois versets chacune; la première décrit le caractère et le bonheur des fidèles, la seconde les peines réservées aux méchants. Le Psaume Ier est particulièrement propre à soutenir notre foi et notre activité dans les temps où Dieu semble voiler sa justice et où il permet que les méchants déploient une puissance considérable. L’économie actuelle est une période d’épreuves, de préparation, pendant laquelle nous sommes appelés à marcher par la foi plutôt que par la vue. Cependant nous voyons s’accomplir quelquefois sur les individus et sur les peuples des jugements qui sont autant de préludes de celui dans lequel Dieu rendra à chacun selon ses œuvres et où s’effectuera d’une manière définitive la séparation entre les deux peuples qui sont mêlés l’un avec l’autre depuis le commencement du monde. « Le monde (dit Calvin) se rit de la simplicité des hommes pieux; à l’en croire, ils perdent leurs peines ; il est donc utile qu’ils s’arment comme d’un bouclier de la pensée que tous les mortels sont malheureux sans la bénédiction de Dieu. »

Verset 1. Heureux l’homme qui ne marche pas suivant le conseil des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs!

Le livre des Psaumes commence, comme le discours de notre Seigneur sur la montagne, par indiquer à l’homme le chemin du vrai bonheur. Tandis que le monde estime heureux ceux qui possèdent des richesses, des honneurs, la santé; les écrivains sacrés nous invitent à chercher le bonheur dans la communion avec Dieu et dans l’accomplissement de sa volonté. Il est à remarquer que les premiers mots du verset peuvent se traduire littéralement : béatitudes de l’homme; le substantif qui exprime l’idée de bonheur est au pluriel, probablement afin d’en faire ressortir l’abondance, la plénitude.

Le monde étant plongé dans le mal, le premier caractère que David relève chez le fidèle, c’est qu’il a été préservé de la corruption générale. — Marcher suivant le conseil des méchants, c’est se conduire d’après leurs principes, concevoir les mêmes projets, entretenir les mêmes illusions. C’est ainsi qu’il est dit du roi Achazia « qu’il marchait dans les conseils de la maison d’Achab. » (2 Chr 22.5). — Le mot hébreu (racha) que nous rendons par méchant et qui revient si souvent dans l’Ancien Testament, est dérivé d’un verbe qui exprime l’idée d’agitation, d’inquiétude, de mouvement tumultueux. Aucun mot ne pouvait mieux représenter le triste état d’une âme qui vit dans l’éloignement de Dieu, le malaise qui la travaille, les passions dont elle est le jouet. « Les méchants sont comme la mer qui est dans la tourmente, quand elle ne se peut apaiser, et que ses eaux jettent de la boue et du limon. Il n’y a point de paix pour les méchants, a dit mon Dieu. » Es 57.20, 21. Ceux que le psalmiste vient de nommer les méchants, pour dépeindre leur vie intérieure, il les appelle ensuite les pécheurs en considérant leurs rapports avec Dieu et sa loi.

Le verbe hébreu (kata) que nous traduisons par pécher, signifie errer, se détourner du bon chemin, manquer le but, transgresser la loi. Ne pas se tenir dans la voie des pécheurs, c’est ne pas s’y arrêter et s’en retirer promptement, lorsqu’on a eu le malheur de s’y engager. Enfin, l’enfant de Dieu ne s’assied pas au siège des moqueurs. Il arrive souvent que les méchants s’endurcissent au point de manifester dans leurs paroles leur mépris pour Dieu, pour sa loi et pour son peuple; ils deviennent alors des moqueurs, ils disent : « Où est la parole de l’Éternel? » Jr 17.15. « Où est la promesse de son avènement? » 2 P 3.4. Le fidèle ne peut se plaire dans leur société, il s’en éloigne même avec soin, sachant combien elle est dangereuse pour son âme. N’oublions pas que les moqueurs se trouvent dans toutes les classes de la société; leurs cercles se tiennent dans les plus brillants salons aussi bien que dans les lieux publics. Il y a dans les expressions des trois membres de ce verset une gradation assez marquée, marcher, se tenir, s’asseoir; le conseil, la voie, le siège; les méchants, les pécheurs, les moqueurs.

Verset 2. Mais qui, au contraire, prend son plaisir en la loi de l’Éternel, et qui médite sa loi jour et nuit!

Il n’y a, pour un faible enfant d’Adam, aucun autre moyen de bien régler son cœur et sa vie et de résister aux séductions du monde, que de s’attacher à la lumière qui lui est donnée d’en haut ; c’est pourquoi le psalmiste achève le portrait du fidèle en disant qu’il prend son plaisir en la loi de l’Éternel. Il doit y prendre son plaisir, car, comme Calvin le remarque avec raison, l’obéissance que Dieu nous demande, c’est une obéissance volontaire, l’obéissance du cœur. David disait lui-même : « Combien j’aime ta loi ! Je la médite tout le jour. Tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche. » Ps 119.97, 103. Il faut remarquer que dans ce passage et dans beaucoup d’autres, l’expression loi (en hébr. torah) ne désigne pas seulement la loi proprement dite, les commandements, mais aussi les promesses, l’histoire et les institutions cérémonielles qui étaient un évangile écrit en figures. Pour David et ses contemporains, la loi se trouvait renfermée dans les cinq livres de Moïse et dans quelques livres historiques qui avaient été ajoutés au recueil sacré. Ceux qui possèdent les Saintes Écritures dans leur totalité ont encore bien plus sujet de prendre plaisir en la loi de l’Éternel. Que chacun de nous s’examine à cet égard.

Verset 3. Car il est comme un arbre planté sur le bord des courants d’eau, qui donne son fruit en sa saison et dont la feuille ne se flétrit point, et tout ce qu’il fait, il le fait prospérer.

Le fidèle est souvent comparé à un arbre vigoureux et chargé de fruits. Les eaux courantes qui entretiennent la vie et la fertilité des arbres plantés sur leurs bords représentent la grâce de Dieu, sa bénédiction et sa protection. Le fruit que le fidèle doit porter, nous est indiqué dans Galates 5.25. Il le donne en sa saison, c’est-à-dire dans le temps où on l’attend de lui, bien différent du figuier stérile sur lequel notre Seigneur ne trouva que des feuilles (Mt 21.19). Son feuillage ne se flétrit point. Au milieu de toutes les vicissitudes des choses humaines, des épreuves et des tentations qui en renversent tant d’autres, le fidèle trouve dans la grâce de son Dieu une force qui se renouvelle sans cesse. Tout ce qu’il fait, il le fait prospérer. Ici le psalmiste abandonne le langage figuré et reproduit la promesse adressée à Josué (Jos. 1:8). Cette promesse s’accomplit toujours sous une forme ou sous l’autre. Si le juste échoue quelques fois dans ses entreprises, c’est parce que Dieu veut lui donner quelque chose de réellement meilleur que n’eût été le succès.

Verset 4. Il n’en est pas ainsi des méchants : loin de là, ils sont comme la balle chassée par le vent.

Dans la seconde strophe, le psalmiste annonce que ceux qui se détournent de Dieu et de sa loi ne pourront point échapper à ses jugements. Il se sert d’une image qui se retrouve dans Job 21.18 ; Matthieu 3.12. Autant il y a de différence entre un arbre fortement enraciné et chargé de fruits savoureux et la balle qui est emportée par le vent, autant il y en a entre le sort du juste et celui du méchant. Luther nous apprend dans quelle disposition nous devons lire ce passage et d’autres semblables. « Quand l’Écriture parle des méchants, prends garde de ne penser qu’aux Juifs, aux païens ou à d’autres ; mais considère que cette parole te concerne aussi et qu’elle doit t’inspirer un effroi salutaire. »

Verset 5. C’est pourquoi les méchants ne se lèveront point dans le jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes.

Les mots c’est pourquoi indiquent que ce verset renferme la conséquence de ce qui précède. Le jugement que Dieu exercera est une conséquence nécessaire de la différence profonde qui existe entre les justes et les méchants. Il s’agit essentiellement du grand et dernier jugement qui doit s’exercer sur les vivants et sur les morts (2 Co 5.10) ; mais ce passage s’applique également aux dispensations par lesquelles Dieu manifeste sa justice dans l’économie actuelle, et plus particulièrement à celles par lesquelles s’ouvrira cette grande époque, souvent annoncée dans les Prophètes, où le peuple de Dieu (composé de l’Israël régénéré et des Gentils convertis) n’aura plus rien à craindre des méchants et régnera avec le Christ sur la terre, devenue la demeure de la justice et de la paix.

L’expression le juste (en hébreu tsadik), qui se rencontre si fréquemment dans l’Ancien Testament, n’implique de la part des auteurs sacrés aucune idée de propre justice. Les plus éminents d’entre les fidèles ne se confiaient nullement en leurs œuvres, mais en la miséricorde de Dieu ; ils regardaient parla foi au Sauveur qui devait venir, ils croyaient aux promesses de Dieu et leur foi leur était « imputée à justice. » Genèse 15.6 ; Romains 4.3, 6. Calvin dit : « Ceux que l’Écriture appelle les justes, ne sont pas censés être justes [par le mérite de leurs œuvres], mais ils aspirent à la justice, » — dans l’assemblée des justes. Dès le commencement il y a eu deux peuples sur la terre, deux peuples que la Parole de Dieu distingue toujours nettement (Gn 3.15 ; 1 Jn 3.10), tandis que le monde se plaît à les confondre : les enfants de Dieu et les enfants du diable, le peuple des justes et le peuple des méchants. Dans l’économie actuelle, ces deux peuples sont mêlés l’un avec l’autre, dans la même nation, la même Église, la même famille ; quelquefois même la condition des seconds paraît plus heureuse que celle des premiers. Ce mélange, qui est souvent pour les fidèles une cause de beaucoup d’afflictions, mais aussi sans doute dans l’intention de Dieu un exercice salutaire de foi, de patience et de charité, doit un jour prendre fin. Le Seigneur s’est réservé cette grande et définitive séparation, — Mt 13.30, 25.31-33 ; Ap 22.12-15. — Lecteur, dans quelle des deux assemblées se trouvera ta place?

Verset 6. Car l’Éternel connaît la voie des justes, mais la voie des méchants périra.

La certitude du jugement résulte de la justice de Dieu. « Comme les choses nous paraissent souvent en désordre, le » prophète nous rappelle cette grande vérité, c’est que Dieu « est le juge du monde » (Calvin). Le fait que Dieu connaît la voie des justes, implique qu’il la voit avec approbation, et qu’il ne peut manquer de mettre tôt ou tard en évidence la différence qui existe entre les deux assemblées, pensée bien propre à encourager les justes et à les consoler, lorsqu’ils se voient méconnus au milieu du monde et peut-être persécutés. Ps 17.3 ; Jr 12.3 ; Mt 6.6 ; 2 Tm 2.19 ; 1 Jn 3.1-2. — Mais la voie des méchants périra. Les méchants peuvent pendant un certain temps réussir dans leurs entreprises, devenir puissants sur la terre, se flatter d’obtenir l’impunité ; mais leur voie ne peut avoir d’autre issue que la condamnation et la mort. Pr 16.25 ; Ps 73.18-19.

Pasteur Armand de Mestral, Commentaire sur le livre des Psaumes, p. 49-55

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About the Author
Pascal est pasteur de l'Église réformée baptiste de Saint-Jérôme qu'il sert depuis 2005. Il est marié avec Caroline et ensemble ils sont les heureux parents de quatre enfants. Pascal a complété un baccalauréat et une maîtrise en théologie à la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Il est l'auteur des livres: Le côté obscur de la vie chrétienne (2019, Éditions Cruciforme) – Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2017 Revised Edition, Solid Ground Christian Books).
3 commentaires sur “Commentaire sur le Psaume 1
  1. J’aime le fait qu’il a marqué les mots clés de chaque verset. Beaucoup de pasteurs devront prendre exemple comme ce commentateur biblique. Il décortique bien les versets avec l’étymologie de chaque mot-clé. A-t-il commenté le Psaume 23?

  2. Ducheine Angelot dit :

    Merci
    J’apprécie.

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